Do you speak podcast?

Chez Louie, nous aimons beaucoup les podcasts américains et, grâce à un article d’Emma Beddington dans The Guardian, on a compris que les podcasts français ont aussi toute leur place dans les oreilles de celles et ceux qui veulent apprendre le français. Emma Beddington, la journaliste et blogueuse qui collabore régulièrement avec Elle, The Guardian ou notamment The Times, explique qu’elle avait si peur de perdre son français qu’elle s’est inscrite aux cours particuliers de l’Alliance Française. Elle y décrit quatre semaines d’efforts quotidiens: Emma Beddington suit des cours, lit des journaux et alors qu’elle part promener son chien... écoute des podcasts. Elle conseille Le nouvel esprit public de Philippe Meyer, Vieille Branche produit par Nouvelles Écoutes  et Entre.

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Après la publication de cet article, nous nous sommes aperçues que plusieurs de nos auditeurs.trices écoutaient eux.elles aussi des podcasts dans des langues étrangères, que certain.e.s, originaires de pays non francophones, avaient découvert Entre.

Tara écoute depuis le Vietnam les podcasts d’InnerFrench, un site créé par Hugo Cotton en 2017 qui propose des programmes abordant des sujets variés toujours accompagnés d’une transcription. Tara a “encore du mal à comprendre le français dans des contextes réels, le fait d’avoir une transcription [l’]’aide énormément pour apprendre des nouveaux mots,  des expressions idiomatiques et des structures de phrase”.À Buenos Aires, une professeure d’anglais, Mila, écoute beaucoup de podcasts en français comme Entre, ou Les podcasts de Madmoizelle, des podcasts en allemand comme Die Liebe ohne Selfies ou Was wenn? et en anglais comme Pump up the Jam ou Reply All“L’anglais est une langue que je maîtrise bien car je l’étudie depuis toujours, mais écouter des podcasts me permet d’être au courant des expressions les plus courantes, pareil pour le français.”

“Ça me permet de mieux comprendre comment se prononcent les mots”

Markéta, habite à Paris mais vient de République tchèque. Elle parle français, anglais, tchèque et slovaque et assure qu’elle apprend plus en écoutant des podcasts qu’en lisant des livres. Elle qui a pourtant étudier l’anglais et le français à La Sorbonne. Markéta est dotée d’une bonne mémoire auditive. Les podcasts lui permettent “de mieux comprendre comment se prononcent les mots et élargir [son] vocabulaire. En écoutant, c’est plus facile de connaître la structure de la phrase et d’intégrer cela dans la pensée”. Ce qu’elle apprécie c’est que, contrairement à la radio diffusée en direct, le podcast permet de mettre sur pause et revenir en arrière si elle n’a pas compris une phrase ou une expression.

En nous plongeant dans l’internet des polyglottes, nous avons croisé le chemin de Nathaniel Hiroz, un multilingue qui parle 9 langues –le français, l’anglais, le suédois, le portugais, le danois, le norvégien, l’allemand, l’italien et le polonais– rien que ça! Depuis sa Suisse natale, Nathaniel a créé le blog devenirpolyglotte.com dans lequel il partage ses expériences personnelles et ses conseils pour apprendre les langues.

Pour lui, tout le monde peut devenir polyglotte et l’apprentissage est beaucoup moins difficile que ce que l’on pense. La première langue qu’il a apprise par lui-même -en dehors de l’école- c’est le suédois et Språket est le premier podcast qu’il a écouté toute langue confondue. C’est un outil important pour lui: “Avec les films et les vidéos c’est facile d’être distrait, il y a le contexte, les expressions, les sous-titres. Dans un podcast on a aucune autre aide que la langue elle-même donc on est forcé de (...) se concentrer que sur [elle]”. Il utilise tellement les podcasts en langue étrangère qu’il a décidé de lancer prochainement le sien sur l’apprentissage des langues.

Podcast bilingue ou monolingue?

Pour Nathaniel, il vaut mieux perdre un peu de temps et trouver le bon podcast plutôt que de se forcer à écouter le premier venu. Et pour choisir le bon, il explique d’abord qu’il en existe plusieurs types.

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Il y a les podcasts “normaux”, soit ceux qui ne s’adressent a priori pas aux apprenants mais plutôt aux natifs. Il y a les podcasts pour apprenants. Ils peuvent être de deux de sorte. Ils sont soit bilingue et reprennent les bases dans la langue de l’apprenant soit 100% dans la langue d’apprentissage comme Español Automático, présenté par Karo Martínez et qui vise à expliquer l’espagnol à des apprenants mais uniquement en espagnol, comme un cours de langue où le.la professeur.e ne parlerait que dans la langue enseignée.

Nathaniel conseille vivement d’écouter des podcasts monolingues : “je tends à ne pas employer de podcasts bilingues parce que mon but c’est de m’immerger (...) Ça vaut la peine d’écouter même si on ne comprend rien au début, pour habituer l’oreille”.

Mieux comprendre et parler juste

Écouter régulièrement une langue permet de mieux la comprendre.  Laetitia Deracinois est professeure d’anglais à l’Université de Paris-Est-Marne-la-Vallée. Pour elle, l’une des grandes difficultés  en anglais, c’est la prononciation et “plus on écoute d’anglais, plus on l’a dans l’oreille, plus on peut reconnaître des mots”. Écouter permet de se familiariser avec les sons d’une langue et la manière dont les mots sont prononcés. Non seulement pour mieux les comprendre, mais aussi pour mieux les prononcer soi-même par la suite.

Nathaniel en a fait l’expérience. “Quand j’ai commencé le polonais, c’était très éloigné des langues que je connaissais déjà. Mais simplement le fait d’écouter des podcasts, même si je comprenais rien, ça m’a permis de développer un bon accent.” C’est même l’accent dont il est le plus satisfait. Il écoute Real Polish, un podcast uniquement en polonais créé et présenté par Piotr, un polyglotte de 49 ans vivant en Varsovie, à destination des apprenants. “Il parle pas trop rapidement, d’une manière très claire et il répète souvent les phrases en les reformulant, par exemple avec un synonyme ou une paraphrase et c’est excellent parce que (…) les explications, ça permet d’apprendre des nouveaux mots sans avoir à traduire.”

Contenu authentique

Pour Céline Haumesser, formatrice d’enseignants d’espagnol à l’Université de Cergy-pontoise, un support qui permet d’écouter les mots du quotidien est nécessaire et même fondamental dans le processus d’apprentissage. Il permet de nous confronter à “des points de vue et à la culture du pays”. Donc non seulement la forme est primordiale mais aussi le contenu.

Une expérience a été menée en Iran dans une classe d’anglais divisée en deux groupes. Les étudiants du premier groupe ont été confrontés à l’écoute de podcasts alors que le deuxième groupe n’a utilisé que des supports écrits. Les résultats sont significatifs: c’est le premier groupe qui a atteint un niveau plus élevé plus rapidement.

Le polyglotte Nathaniel insiste sur le fait qu’il ne faut pas avoir peur de se lancer et d’écouter des podcasts dans des thématiques telles que la politique, l’histoire ou la philosophie. Pour lui, au niveau du vocabulaire il sera par exemple plus facile de comprendre des discussions scientifiques puisque beaucoup de termes sont les mêmes, dérivés du grec ancien ou du latin et sont utilisés de la même manière. 

Pour Nathaniel, l’essence de l’apprentissage d’une langue, c’est l’inconscient. Concrètement, la grammaire est partie intégrante d’une langue mais il faut tendre à un apprentissage qui nous permette de nous exprimer sans avoir à y réfléchir consciemment. C’est la théorie de l’apprentissage naturel de Stephen Krashen

Écouter même en arrière fond d’une oreille distraite peut permettre d’apprendre une langue plus rapidement. Le magazine de vulgarisation scientifique, Scientific American publie un article à ce sujet en janvier 2017 et cite deux expériences selon lesquelles le fait d’entendre les sons d’une langue sans y prêter complètement attention, en plus de cours, aide les apprenants à apprendre plus vite. Alors pourquoi ne pas écouter des podcasts en allemand en faisant votre repassage?

Outil du quotidien

Cette caractéristique du podcast -pouvoir faire autre chose en même temps- représente un réel gain de temps. On peut en écouter en conduisant, dans les transports, à la salle de sport ou pendant les courses, ou même... juste avant de s’endormir. Le site d’informations américain, Quartz et Duolinguo, un site gratuit destiné à l’apprentissage des langues, ont analysé ensemble les habitudes des utilisateurs de la plateforme et en sont arrivés à la conclusion que les personnes qui apprennent les langues entre 22h et minuit avaient les meilleurs résultats. Ce qui en ressort, c’est aussi que les utilisateurs qui avaient tendance à apprendre avant de dormir était aussi ceux qui apprenaient au quotidien.

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Un podcast par jour, la tête sur l’oreiller, c’est un programme qui nous parle. Mieux encore, si vous avez peur de vous endormir, rassurez-vous, une étude publiée dans Cerebral Cortex en juin 2015 montre que le fait d’écouter une langue durant son sommeil facilite l’apprentissage du vocabulaire.

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Alors qu’attendez-vous pour vous mettre enfin au russe, à l’italien, ou à cette langue que vous avez toujours voulu apprendre? Vous pourriez écouter Alle otto della sera pour apprendre l’italien, Escriba Café pour vous initier au portugais ou Sproglaboratoriet pour vous aider à découvrir le danois.

Amel Almia et Maud Benakcha

Des femmes noires aux micros des podcasts

Certains visages et certaines voix sont sous-représentés à la télévision, à la radio et dans la presse. À l’inverse, les podcasts sont souvent perçus comme étant un porte-drapeau de ces paroles invisibilisées, notamment celui des femmes racisées. Mais n’est-ce qu’un mirage? Nous avons posé la question à des femmes noires, présentatrices et créatrices de podcasts français. Des podcasts que l'on vous conseille de glisser dans vos oreilles si ce n’est pas déjà fait.

Se revendiquer afroféministe, c’est considérer que le racisme est vécu différemment en tant que femme et que la machisme revêt d’autres réalités lorsqu’on est noire. D’où le terme “misogynoire” qui additionne la misogynie et le racisme, à l’intersection entre ces deux discriminations. Ces expériences-là, celles des femmes noires, sont rarement présentes dans les médias traditionnels. Binge Audio produit Miroir miroir de Jennifer Padjemi et Kiffe ta race avec Rokhaya Diallo et Grace Ly, tous les deux lancés en septembre 2018. Hormis ces exceptions, les femmes que l’on a interrogées ont créé leur podcast de manière indépendante pour faire entendre leurs voix.

Sexuality Matter

C’est le podcast “le moins assumé de la planète” et c’est elle qui le dit à chaque début de chronique. Wendie Zahibo a 27 ans. Elle a lancé son webzine Reines des temps modernes il y a quatre ans. Dans son podcast, elle veut parler de sexe comme on en parle à des potes. “C’est un sujet tabou de manière générale. Quand on est une femme noire [particulièrement], c’est un sujet que l’on ne peut pas aborder avec ses parents.” Alors, une fois lancée, elle voulait quelque chose de “ludique et fun”.
 

Pari réussi car dans ses chroniques de dix minutes, elle combine humour et sérieux sans une once de gêne. Elle parle de masturbation, de cunnilingus et parfois elle y ajoute son analyse afroféministe, comme dans l’épisode sur le porno noir“Je me suis toujours décrite comme féministe. En grandissant, en me lançant dans mes différents projets, je me rendais compte que ça ne suffisait pas. On ne prenait pas en compte le fait d’être une femme noire dans l’Hexagone.”

Maintenant, on attend avec impatience la deuxième saison. Elle ne nous a pas donné de date précise, mais nous a assuré que cela devrait être pour bientôt…

The Womanist

Direction les États-Unis, où vivent deux françaises: Laéthycia Judy et Louisa Adj. C’est en s'épanouissant dans une start-up new-yorkaise aux idées “extrêmement progressistes” que Louisa Adj a compris les enjeux de l’afroféminisme. Ou plutôt, du womanism “même si les termes sont plutôt proches”. Pour elle, contrairement à sa vision de l’afroféminisme, le mouvement womanist ne se concentre pas uniquement sur les femmes mais “inclut aussi les hommes et les enfants”.

Le déclic du podcast est né en 2017: le moment était venu pour elles de “célébrer et réunir les femmes noires. Nous donner une voix.” Outre-Atlantique, elles se sont imprégnées d’une autre forme de liberté d’expression qu’elles n’avaient pas dans l’Hexagone. “La plupart des podcasts français que je connais et qui sont abordés pour et par des personnes racisé.e.s sont produits de manière individuelle, indépendante et diffusée à plus petite échelle. Aux États-Unis, c’est beaucoup plus inclusif avec des programmes vraiment distribués à grande échelle, vraiment populaires. Ce sont des podcasts qui sont pour les femmes noires et qu’on n’entendrait pas en France”. On peut citer notamment 2 Dopes Queens de Phoebe Robinson et Jessica Williams produit par la WNYC et Yes Girls ! de Cori Murray, Charli Penn et Yolanda Sangweni diffusé par Essence.

Un an et demi plus tard, les deux créatrices ont déjà vingt-deux épisodes à leur actif. Elles parlent aux femmes, noires entre 25 et 45 ans. À chaque début du talk, les deux animatrices prennent quelques minutes pour revenir sur leur quotidien, leur bien-être. Ce n’est qu’ensuite qu’elles approfondissent –seules ou avec une invitée –un sujet comme l’importance de savoir dire non ou le “racisme anti-blanc” . Elles abordent principalement des problématiques de société (amour, famille, sexualité), d’actualité et de bien-être. Ce dernier thème est presque emblématique des podcasts afroféministes. D’après Louisa Adj, “de manière générale, on en parle beaucoup depuis deux ou trois ans [...] mais encore plus dans le discours militant parce que, quand on est racisé, on doit faire face à des micro agressions permanentes. Il y a une fatigue mentale. [...] Les personnes qui vivent le racisme et les discriminations constamment doivent prendre soin d’elle. C’est le premier geste, c’est une façon douce de lutter contre les agressions extérieures. C’est indispensable”.

Me, My Sex And I®

Ne parlez surtout pas d’afroféminisme à Axelle Jah Njiké! La créatrice de Me, My Sex and I® est noire et féministe un point c’est tout. Dans son podcast, elle veut mettre en valeur “les féminités noires” dans leur pluralité. Elle s’entoure de femmes qu’elle trouve inspirantes. Chacun de ses épisodes porte sobrement le prénom de celle qui partage son témoignage et ses expériences. Comme Paoline, elle est la première joueuse noire de l’équipe de France de basket et elle revient sur une enfance emplie d’extrême violence. Avec ses invitées, elle parle de l’intime, de l’enfance: “J’ai essayé de proposer [cette idée] à d’autres podcasts. Mais ils ne comprenaient pas l’importance de l’intime. Ils étaient accoutumés à ce qu’on leur parle de discriminations”.
 

Axelle Jah Njiké souligne l’importance qu’il y a à parler de l’intimité des femmes noires et se lance, seule, en mai 2018. Adolescente, elle déplore n’avoir accès à aucun contenu à propos de l’intimité dans les communautés noires. Donc elle développe sa vision propre: “[Dans] la communauté afro, les podcasts ont un peu tous la même trame. On est encore sur le fait d’être noir plutôt que d’être des personnes. Je voudrais voir des personnes noires aborder des thématiques plus vastes, comme par exemple, celles des nouvelles technologies.”  Pour elle, l’un des meilleurs exemples est le prochain podcast de cette liste: Après la première page.

Après la première page

On s’immerge dans la littérature. Pour Maly Diallo, la créatrice d’Après la première page, ce podcast est un “objet”. Elle est une femme noire et elle invite des autrices noires et / ou des lectrices à parler derrière son micro. “Ma démarche est afroféministe en ce qu’elle met en avant les femmes noires sur un plan sur lequel elles sont peu attendues en France à savoir, la littérature. Mais je ne crois pas que toutes celles qui passent au micro se reconnaissent dans l’afroféminisme.” Elle ne demande pas à ses invitées si elle sont afroféministes. Elle ne cherche pas à n’être écoutée que par des femmes noires. “Ma cible, c’est cette personne qui s’est déjà fait porter pâle parce que qu’elle ne parvenait pas à lâcher un livre passionnant, [...] c’est cette personne qui voyage dans des contrées extraordinaires depuis le fond de son lit.” Dans l’épisode Voici venir les rêveurs, Maly Diallo débute avec une conversation autour d’une recette. Ensuite, on entre dans le vif du sujet: le roman de l’autrice camerounaise Imbolo Mbue. L’enregistrement est hors studio, informel sur la forme comme dans un club de lecture.

Du point de vue de Maly Diallo, il reste encore beaucoup à faire: “Il y a un vernis d'inclusivité dans le paysage podcastique français. Qualitativement parlant, c'est sans commune mesure avec les médias mainstream. Néanmoins, les dynamiques de pouvoirs dans ce monde-là sont peu ou prou les mêmes que celles de la société: des personnes blanches qui construisent leur succès grâce à l'exploitation de thématiques arrivées sur le devant de la scène à la suite de combats acharnés de personnes concerné.e.s (qui, elles, n'en retirent rien)”.

Aujourd’hui, ce que ces femmes interviewées ressentent –sans que d’études ne le démontre– c’est qu’il y aurait une fuite des auditeur.trice.s racisé.e.s vers des médias qui parlent d’eux, qui en parlent sans stéréotype et qui les rendent visibles. Pour Axelle Jah Njiké, le podcast a compris les besoins de ces auditeur.trice.s: “On a été beaucoup plus rapide que les autres médias. [...] On a réussi à mettre sur la table la diversité de la société dans laquelle on est.”

Financièrement, la majeure partie des podcasts afroféministes français sont indépendants. Ils ne sont affiliés à aucune grande plateforme de podcast. Wendie Zahibo de Sexuality matter et Axelle Jah Njiké de Me, My Sex And I®  ont essayé pourtant. Elles ont contacté ces plateformes mais il leur a été rétorqué que leur idée n’était pas assez aboutie ou que le sujet n'intéressait pas suffisamment les auditeur.rice.s. Axelle Jah Njiké est actuellement en pleine recherche de financement pour sa prochaine saison. Les autres créatrices de ces podcasts n’ont même pas songé à se rattacher à une plateforme déjà existante. Elles aiment la totale liberté qu’offre le podcast.

Amel Almia et Maud Benakcha

Comment faire du (bon) reality show en son ?

Plaisir coupable ou passion assumée, la télé-réalité plaît autant qu’elle interroge et ce depuis le début des années 2000 en France. Aujourd’hui, ces programmes ne bénéficient plus de l’attrait de la nouveauté. Mais c’était avant que le podcast s’empare du genre. Nous avons échangé avec les producteurs du podcast anglais d'audio-réalité The Brights pour comprendre comment ce type de programme peut devenir addictif.

De la télé-réalité en son ?

Le podcast The Brights suit la famille du même nom dans son quotidien. Leur particularité? Lydia Bright, l’une des filles, est également star de la télé-réalité britannique.

Si nous nous intéressons à The Brights, c’est d’abord parce que c’est l’une des premières production d’audio-réalité, même si d’autres programmes l’ont précédée, comme The Habitat du studio de podcasts américain Gimlet. On parle d’"audio-réalité" car elle reprend des codes bien définis de la télé-réalité en les adaptant aux contraintes du son.

Steve Ackerman, en charge de la conception et du marketing de l’émission, nous explique que l’enregistrement d’un épisode se fait deux après-midi par semaine - auquel vient s’ajouter le contact quotidien par messages avec l’un des producteurs qui se doit de rester au courant de ce tout qui se trame chez les Bright. L’objectif étant de faire de la série le contenu le plus authentique possible, comme nous l’a expliqué Chris Skinner, producteur de l’émission. Pour cela, lui et son équipe se sont immiscé.e.s chez les Bright: ils repèrent une histoire de cœur ou un début de dispute, leur demandent d’attendre l’arrivée des micros et s’assurent de faire le meilleur enregistrement possible. En tout, six personnes travaillent sur la série et décortiquent les sons des sept micros branchés à chacun des membres de la famille.

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Pour Steve Ackerman, il est important que la narration suive le fil du réel et non l’inverse. Le plus dur est de choisir quelles histoires retenir et lesquelles abandonner. Si, comme on peut le lire dans cet article du Figaro, "a promesse [de la téléréalité] était au départ de montrer dans gens comme nous dans leur vie quotidienne", il reste "très difficile de s'en tenir à la banalité". D’où la nécessité, pour tromper l’ennui, de forcer certaines conversations au sein de la maisonnée Bright. "On ne les force pas à s’adapter à une structure narrative rigide, on les laisse créer leur propre histoire, nous dit Chris Skinner. On leur suggère des idées, mais on finit rarement par diffuser ce à quoi on pensait originellement".

Si la série reste écrite et narrée, elle ne rime pas pour autant avec continuité. Cette absence de logique temporelle est d’ailleurs ce qui fait le succès des séries de télé-réalité - on comprend donc pourquoi The Brights tient à reproduire l’astuce. Dans une étude publiée en 2008, les chercheurs.euse.s Lisa K. Lundy, Amanda M. Ruth et Travis D. Park avaient constaté que les étudiant.e.s interrogé.e.s plébiscitaient l’indépendance des épisodes de télé-réalité les uns par rapport aux autres. "Contrairement aux fictions scénarisées où ils prenaient du retard quand ils rataient un épisode, les séries de télé-réalité semblaient bien s’adapter aux emplois du temps changeants et aux styles de vie denses des étudiants." Steve Ackerman est fier que celles et ceux qui écoutent sa série le fassent d’une traite et dans le désordre. "Environ la moitié de notre public est nouveau chaque semaine, donc on se doute bien qu’ils/elles ne connaissent pas tous les épisodes précédents."

Réinventer le genre

The Brights s’inspire fortement des codes de la télé-réalité pour fidéliser et renouveler son public, mais elle ne se prive pas pour autant d’inventer ses propres pratiques, en évitant les mises en scène artificielles et grossières, par exemple.

En premier lieu, les producteurs ont pris conscience de la sobriété que permet le format du podcast. "On s’est assez vite rendus compte qu’il ne faut finalement que très peu de dialogue pour faire comprendre une histoire. La voix-off de Lydia [Bright] aide énormément le public à se repérer, à se remémorer ce qui s’est passé dans les épisodes précédents et quels sont les rapports qui lient chaque voix l’une à l’autre", explique Steve Ackerman.

Et s’il y a un avantage incontestable à l’audio par rapport à l’image quand on est producteur, c’est le gain de temps. Steve Ackerman nous explique le ratio : ce qui pourrait mettre deux jours à être filmé met une après-midi à être enregistré en audio. Il en va de même pour le montage, beaucoup plus fluide et rapide que pour la télévision. À la lourdeur des caméras et des perches se substituent également la légèreté et la maniabilité des micros-cravate. Une fois les Bright câblés, l’équipe technique peut disparaître.

Parce qu’un autre atout de l’audio, c’est qu’on ne vous voit pas. Une solution pratique lorsqu’il s’agit de faire entendre une grande diversité de personnes, pas forcément à l’aise avec le fait d’être filmées. C’est le cas de Dave Bright, père de Lydia, qui a toujours refusé de participer à l’émission de télé-réalité dans laquelle sa fille évolue - mais qui participe au podcast. Chris Skinner s’en félicite : "On peut maintenant attirer des personnes aux histoires et aux vies intéressantes, qui auraient peut-être été réticentes à l’idée par le passé." Se passer de l’image permet aussi de s’affranchir des questions physiques : "Soyons honnêtes, beaucoup de ces shows de télé-réalité montrent des gens jeunes et beaux et quand vous n’avez plus ces contraintes [...] vous pouvez juste vous intéresser à quiconque a une bonne histoire et une vie intéressante."

Pour accompagner les auditeurs et auditrices, c’est Lydia qui sert de fil conducteur : elle résume les épisodes précédents et décrit la scène. Chris Skinner juge sa voix essentielle, car elle raconte aux auditeur.trice.s ce qu’ils et elles ne peuvent pas voir, en décrivant les personnages par exemple. "Lydia s’est prêtée au jeu – par exemple elle ne disait pas seulement «Dave fait ceci» mais plutôt «Dave, mon père, qui est plutôt comme ça…, fait ceci»." Car il est essentiel, pour créer une histoire, d’avoir des personnages identifiables. "Nous nous sommes rendus compte qu’avoir trop de voix, trop d’histoires pouvait rendre le tout confus", nous explique Chris Skinner. Alors pour éviter la confusion, la production de The Brights a fait le choix de se concentrer sur un ou deux événements centraux par épisode. "Dans l’audio particulièrement, on doit raconter une histoire de façon assez simple car il y a plusieurs voix et surtout, on ne voit rien. Donc la simplicité est cruciale", continue Chris Skinner. Réussir à raconter une histoire simplement en créant une ambiance qui permettra à l’histoire de fonctionner est un art qui ne s’improvise pas. "Quand on prend la peine d’aller enregistrer sur place, il faut que les auditeurs comprennent où ils sont [...] Nous voulions que la série soit aussi réaliste que possible, avec des bruits de bouilloires, des gens qui s’interrompent sans cesse, des oiseaux qui chantent dehors, nous dit Chris Skinner. Au début, on préférait éviter les sons environnants pour privilégier les conversations [...] mais très vite, je me suis dit qu’en discutant, la mère et ses filles feraient probablement bouillir de l’eau pour un thé, donc maintenant, on laisse la bouilloire siffler en fond sonore, on laisse les tasses s’entrechoquer."

La télé-réalité comme porte d’entrée vers le podcast ? 

Avoir un podcast de qualité ne garantit pas le succès et une large audience. Mais l’équipe de production a pu compter sur la popularité de ses personnages principaux. D’après les centaines de commentaires laissées sur les plateformes spécialisées, Steve a retenu que, pour beaucoup d’auditeurs, ce podcast était le premier qu’ils écoutaient. Un public probablement acquis grâce à Lydia Bright : "notre intuition, c’est qu’ils sont plutôt jeunes et qu’ils ont suivi Lydia et sa famille sur les réseaux", nous explique Steve Ackerman. Lydia Bright a plus d’un million de followers sur Instagram et autant sur Twitter –sa mère se contente de la moitié, ses sœurs de centaines de milliers.

Et les Bright offrent à leur public une échappatoire. Dans le cadre de l’étude publiée en 2008 par Lisa K. Lundy, Amanda M. Ruth et Travis D. Park, des étudiant.e.s d’université ont dit aimer regarder de la télé-réalité car elle leur permettent d’échapper à leur vie quotidienne et de goûter à d’autres vies que la leur. "Les participants disaient vivre par procuration à travers les personnages de ces séries. Pour ces étudiants, la télé-réalité semblait offrir la possibilité d’envisager et de parler de la manière dont ils se comporteraient dans les situations présentées par les séries. Beaucoup des situations rencontrées par les personnages de télé-réalité - vie amoureuse, tensions familiales ou raciales et décisions morales - sont particulièrement parlantes pour des étudiants". C’est d’ailleurs ce que souligne le producteur de The Brights : "Je pense que la bonne audio-réalité marche quand on met en scène des gens pour qui on ressent des émotions fortes - ça peut être de l’amour, de la haine, n’importe, l’important c’est de ressentir des choses, de s’attacher et s’identifier aux personnages", nous dit Chris Skinner. Et selon lui, Lydia est "adorable".
Le producteur reconnaît des ressemblances entre télé-réalité et audio-réalité: les deux nous rappellent notre quotidien. Qu’elle soit sur écran ou dans nos oreilles, la réalité nous permet de nous identifier à des inconnus. D’autres sont plus partisans du fait que la télé-réalité a une vertu cathartique, comme François Jost, sociologue et spécialiste de la télé-réalité. Dans cet article de Libération sur la télé-réalité,  il affirme: "Les Français ont découvert la télé-réalité avec l’émission Loft Story en 2001. Aujourd’hui, ils en consomment encore de nombreuses copies, comme La Ferme des Célébrités ou Les Anges de la Télé Réalité." À en croire François Jost, "ces émissions, c’est le Dîner de cons version télé-réalité. Les candidats pensent qu’ils vont être aimés pour eux alors qu’on aime leur connerie". Selon le sociologue, ce qui rend "heureux" la majorité du public, c’est de regarder ces programmes pour se détendre, se moquer, mais aussi se comparer aux candidat.e.s, pour se rassurer soi-même. Ce qu’on aime, c’est pouvoir s’identifier aux personnages, à leurs vies, tout en ayant conscience de notre plus grande valeur.

Maintenant que The Brights a trouvé la formule qui lui convient, on pourrait s’attendre à ce que la série inspire d’autres à faire de l’audio-réalité. Mais pour l’instant, la prochaine étape pour The Brights est peut-être à la télé: Steve Ackerman estime que "L’audio-réalité permet de créer quelque chose avec peu de moyens - on pourrait très bien imaginer une série comme The Brights à la télévision. Ce basculement fait d’ailleurs partie de notre stratégie idéale, à terme."

Alice Bouleau et Maureen Wilson

Les podcasts vont-ils remplacer les parents ?

Que se passerait-il si les podcasts venaient à prendre le relai de ce moment partagé dans tant de chambres d'enfants le soir, entre un.e petit.e qui ne veut pas dormir et un parent épuisé mais gentiment assis sur le rebord du lit? Les podcasts peuvent-ils remplacer les parents?
 

Les enfants et la voix

Les chiffres font sourire, tant ils nous rappellent de bons souvenirs: d’après un sondage mené par KidsListen (une association américaine œuvrant à l’amélioration du contenu audio pour enfants), quatre enfants américains sur dix écoutent un épisode de podcast quatre fois ou plus. Et surtout, seul un.e enfant sur cinq n’écoute un épisode qu’une seule fois. Ça nous rappelle les K7, que l’on rembobinait à l’infini ou le livre audio du Livre de la Jungle en boucle sur l'autoradio de la voiture familiale sur la route des vacances… Déjà, à l’époque, les parents fatigués pouvaient échapper à leur devoir de conteurs d’histoires le temps d’une bande magnétique. Aujourd’hui, vingt ou trente ans plus tard, les walkman, CD, mp3 et autres iPods ont (presque) disparu. Les enfants, eux, sont toujours là. Leurs demandes incessantes d’histoires du soir aussi.

Que nous soyons né.e.s au siècle dernier ou dans les années 2010, les voix de nos parents restent celles qui nous touchent et nous réconfortent le plus. Une étude menée en 2010 par des chercheurs de l’université du Wisconsin (États-Unis) a démontré que la voix de sa mère au téléphone était aussi rassurante pour l’enfant qu’un câlin. 61 jeunes filles, âgées de 7 à 12 ans, ont été mises dans des conditions de stress (présenter un exposé et résoudre un problème de maths devant des inconnus), avant d’être divisées en trois groupes. Le premier a eu droit à des câlins de leur maman, le deuxième à un coup de fil et le troisième, à un visionnage de La Marche de l’empereur, documentaire jugé émotionnellement neutre. Les jeunes filles des deux premiers groupes ont vu leur niveau d’ocytocine (aussi connue sous le nom «d’hormone du bonheur») augmenter et leur stress baisser. La voix d’une maman, même à travers un combiné, peut donc provoquer les mêmes effets apaisants et rassurants qu’une étreinte. C’est dire le pouvoir de la voix sur les enfants, au-delà même de celles de nos parents. En témoigne le nouveau programme Pieds sur terre et tête en l'air, produit par Audible Original, qui fait le pari de la méditation audio-guidée, destinée aux enfants.

Les podcasts pour enfants, un succès aux États-Unis

Les producteurs et productrices de podcasts ont pressenti cela il y a quelques temps déjà. Ils proposent du divertissement… sans écran. L’année dernière, la plateforme américaine Panoplyavait lancé Pinna, un service payant d’histoires pour enfants, avec pour slogan “Screen free. Ad free. Guilt-free” (comprenez «pas d’écran, pas de pub, pas de sentiment de culpabilité»). Un argument de vente béton, comme l’explique le New York Times. Le fondateur de Pinna, Andy Bowers, nous avait dit à l’époque vouloir répondre à une demande des parents. Face à sa propre réticence à passer des publicités à de jeunes enfants, il a préféré proposer un service payant, mais sans pub (Pinna propose un accès illimité à son contenu pour 7.99$ par mois, soit 7€).
Depuis, le nombre de podcasts et de plateformes (payants ou gratuits) dédiées aux enfants continue de croître. On pense à Chompers (Gimlet), qui propose aux petit.e.s Américain.e.s deux histoires par jour pour les accompagner dans leur brossage de dents, aux P’tits Bateaux(France Inter), qui offre aux curieux et curieuses cinq questions-réponses le dimanche soir, ou au studio Bloom, qui produit La radio des enfants et propose aux jeunes auditeurs des histoires, des réponses à leurs questions, du divertissement pour les trajets en voiture. En avril dernier, une antenne locale de la radio publique américaine (NPR), a même organisé le premier festival dédié aux kidscasts (podcasts pour enfants).

Le pouvoir des histoires

La raison d’un tel essor n’est pas difficile à comprendre, pour peu que vous côtoyiez des enfants. «Un jour, je gardais ma petite nièce de deux ans et [elle] ne voulait pas dormir», se souvient Léonard Billot, réalisateur d’Oli, le podcast de France Inter qui raconte des histoires aux petit.e.s. «Du coup, j’ai commencé à chercher sur Internet ce qui se faisait pour les enfants. Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas grand chose. Il y avait bien des mises en son de textes sur France Culture, mais qui se sont arrêtées il y a deux ou trois ans.» Il a fini par opter pour une mise en son d’un texte d’Oscar Wilde, mais sans grande conviction. «Je me suis dit qu’il fallait raconter des histoires aux enfants –et ceux qui racontent le mieux les histoires, ce sont les écrivains.» Des écrivain.e.s, Léonard Billot en connaît –et pour cause, il est journaliste littéraire. Quand il leur demande d’écrire pour des enfants, la plupart craignent l’exercice. Il les rassure et leur demande «d’aller chercher l’énergie, la fantaisie et l’imagination des histoires qu’ils racontent ou racontaient à leurs enfants». C’est ainsi qu’on a vu Delphine de Vigan et Yannick Haenel prendre la plume et écrire pour des petit.e.s. «Ils se sont tournés eux-mêmes directement vers la fiction», explique Léonard Billot. Il rêve Oli comme une porte ouverte sur la littérature, avant même que les enfants ne sachent lire.

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À cette écoute solitaire et indépendante, où l’enfant vient construire un imaginaire sur les sons qu’il entend, vient s’ajouter la possibilité d’une écoute en famille. «C’est même conseillé; ça sert à nouer un contact entre l’enfant et le parent, à développer le dialogue. Si l’enfant ne comprend pas des choses, il peut demander à ses parents qui écoutent avec lui. Et puis surtout, ça peut être matière à ouvrir la discussion.» Léonard Billot ne croit pas si bien dire: toujours selon le sondage de KidsListen, trois quarts des parents rapportent que leurs enfants entament une discussion après l’écoute d’un épisode de podcast. «Quand Delphine de Vigan parle de la mort, par exemple, les enfants demanderont peut-être «Papa, Maman, où il va mon poisson rouge quand il est mort ?», «Qu’est-ce que c’est que la mort ?», etc. Ça ouvre le dialogue. C’est le principe même de la littérature: générer de l'imaginaire et du dialogue entre les gens
Si on pousse plus loin, n’y aurait-il pas un risque que les podcasts prennent peu à peu la place des parents? Et que ces derniers, au lieu de se gratter la tête chaque soir pour trouver une histoire, préfèrent la facilité (et souvent la gratuité) des podcasts? Léonard Billot est catégorique: la réponse est non. «Pour tous les parents qui ne peuvent pas mettre leur enfant au lit en leur lisant une histoire, nous sommes là pour prendre le relai. L’idée n’est surtout pas de remplacer, mais de compléter. Il est primordial que les parents racontent des histoires à leurs enfants, mais on sait très bien que ceux-ci en demandent toujours plus. C’est là qu’Oli intervient.» En proposant un stock d’histoires que des parents, en pleine semaine de travail, n'auraient peut-être pas eu le temps de trouver. Et pour accompagner petits et grands dans le temps, Léonard Billot précise qu’Oli a été pensé conjointement avec des albums illustrés des contes. «Ça permettra aux enfants à la fois d’apprendre à lire à partir des histoires qu’ils auront déjà en tête et à leurs parents de leur raconter les histoires

En attendant d’apprendre à lire, les enfants auront le plaisir d’écouter des podcasts. Et pour ceux qui n’auraient pas encore le droit de fouiller dans le portable de leurs parents, les enceintes connectées ont déjà pensé à tout. Le podcast Chompers est ainsi disponible sur Echo d’Amazon, ce qui permet aux enfants de lancer des épisodes tout seuls, en se brossant les dents par exemple.


Alice Bouleau et Maureen Wilson

PS: Si vous avez des recommandations de podcasts à faire écouter aux enfants, nous serons ravies de les relayer.

Sybel à la conquête du divertissement

Virginie Maire

Virginie Maire

Du podcast payant? Beaucoup sont en train de creuser la question. En 2016 déjà, le Wall Street Journal évoquait les avantages des abonnements payants pour les plateformes de podcasts. En effet, en tirant directement leurs revenus du public, elles s'évitent «la difficulté à mesurer leurs parts d'audience et à vendre des espaces de publicité à des annonceurs.» 

Nous avons discuté du modèle de l'abonnement payant avec la fondatrice de Sybel, Virginie Maire. Elle définit Sybel comme une plateforme de divertissement audio. Disponible en décembre, elle sera accessible au prix de 4,99€ par mois. Nous avons voulu comprendre comment elle allait nous convaincre de payer pour des contenus que l’on écoute, pour l’instant, gratuitement.

«On vise un public à la recherche de divertissement. Avec Sybel, nous allons couvrir toutes les catégories  – le thriller, la comédie, la science-fiction, le fantastique, le documentaire…» Avec sa nouvelle plateforme de diffusion de contenus audio, Virginie Maire entend amener le podcast dans tous les foyers– et pas seulement chez celles et ceux qui, le casque vissé sur le crâne, écoutent déjà de l’audio en continu. Elle-même n’est pas issue du milieu. Cette ancienne de M6 et du Parisien a senti le potentiel de l’audio: «J'ai découvert des trésors de contenus et des nouveaux formats qui sont passionnants.» Elle cite forcément Serial, mais aussi la fiction 57, rue de Varenne de France Culture…  «L’audio permet de jouer sur l'imaginaire, de se laisser porter par les voix des comédiens dans un environnement sonore qui est extrêmement riche.»

Cap sur la fiction

Si Sybel veut proposer plusieurs genres de contenu, la fiction aura une place importante. Des histoires pour les enfants et les ados, de la science-fiction, du thriller, du polar, du documentaire, du docu-fiction pour les adultes. Un large panel qui permettra à chacun.e de trouver le podcast qui lui convient. La comparaison avec Netflix revient souvent, mais elle se justifie. En offrant des contenus aussi divers que ses publics, la plateforme encourage une consommation plus forte. Et quoi de mieux pour le binge-listening que le divertissement et la fiction?

«L’audio a un côté multitâches qui est très intéressant. On peut conduire en écoutant de l'audio, faire son jogging, faire pas mal de choses. Et ça ne remplace pas les écrans; on ne pourra jamais faire son jogging en regardant un écran. Des médias de divertissement, il en existe sur plein de supports différents, et dans ce paysage médiatique, je pense que l'audio a complètement sa place.» Offrir une alternative à la vidéo mais pas la remplacer donc, Virginie Maire est claire: «Je ne fais pas la guerre aux écrans, on ne fait que proposer une alternative. […] Sybel répond à un usage dans des conditions de mobilité : en voiture, dans le métro, en avion, en train…» Même si elle admet que les contenus proposés pourront venir contrer la «surconsommation des écrans par les enfants», par exemple, grâce aux fictions audio adaptées à ce public.

Et c’est grâce à la qualité de ses productions que la plateforme espère pouvoir entrer chez nous. Pour cela, la plateforme entend à la fois acheter des productions déjà existantes mais également réaliser des productions originales, en co-production avec des partenaires producteurs (dont Louie éventuellement). Et tout cela, sans pub! Un confort que permet le modèle économique basé sur l’abonnement de Sybel.

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Le Netflix du podcast?

Si payer pour écouter des podcasts est encore inconcevable pour beaucoup d’auditeur.trice.s, c’est pourtant le pari de Sybel: un abonnement à 4,99€ par mois avec un compte qui donne accès à cinq profils sur l'application. Vous pourrez donc partager votre compte avec vos enfants, vos amis ou vos compagnons de vie. Faire payer est une nécessité pour Virginie Maire, si l’on veut accéder à des contenus de qualité. «Aujourd’hui, la création coûte cher. […] Le modèle économique de Sybel, c'est de rémunérer les créateurs, les personnes qui derrière travaillent pour proposer tous ces contenus.»

En plus de cet accès payant, Sybel partage une similitude avec Netflix: celle de proposer une expérience utilisateur améliorée (que Louie a pu tester). C’est l’un des problèmes du format podcast aujourd’hui: il n’est pas toujours facile d’en écouter. Les plateformes manquent de fluidité et rendent l’écoute plus complexe qu’autre chose. «Ces plateformes sont souvent régies par des flux RSS et donc les contenus premium sont noyés au milieu du replay de radio.» C’est ce constat qui a donné l’envie à Virginie Maire de créer une plateforme plus adaptée au contenu audio. Avec Sybel, elle a donc développé une UX (expérience utilisateur) adaptée à la consommation de podcasts. «La promesse de Sybel, c'est de dire qu'aujourd'hui les séries s'écoutent et donc de penser à cette consommation en séries avec des épisodes qui se suivent, avec des vrais programmes, […] et évidemment un algorithme de recommandation pour pousser les contenus le plus en adéquation avec les goûts de chacun.» Sa stratégie pour attirer le public et le fidéliser face aux autres plateformes? «Une période d’essai gratuite au démarrage pour pouvoir rentrer dans les contenus. Et après c'est un abonnement sans engagement. […] Donc c'est pas non plus très engageant pour le consommateur qui va avoir accès en illimité et sans publicité au contenu premium de Sybel.»
 

Mais l’idée d’une plateforme payante plaît déjà à d’autres: on pense à BoxSons, bien sûr, mais aussi à Tootak et à  Majelan. Comme Sybel, cette dernière proposera aussi des contenus sans publicité, une interface simplifiée et de la fiction. Son créateur, l’ex-président de Radio France, Mathieu Gallet, a d’ailleurs lancé un appel à projets à l’occasion du Paris Podcast Festival et table sur un démarrage au printemps prochain.



Alice Bouleau et Maureen Wilson


Le podcast, petit plaisir pas si solitaire

Il y a des choses qui se partagent, comme les repas, les histoires drôles ou les stylos du bureau. Et d’autres qui se partagent moins (les sous-vêtements et les mots de passe de nos blogs de l’an 2005, par exemple). Qu’en est-il des podcasts? Après tout, si on peut s’asseoir à deux, à trois ou à dix et regarder un film, pourquoi ne pas écouter des podcasts à plusieurs pendant deux heures? 

Parce que, quand on dit «podcast», on imagine une personne seule avec son casque. Dans sa bulle, même au milieu de la foule. À écouter quelqu’un lui parler dans le creux de l’oreille. À vivre un moment d’intimité –ce concept clef sur lequel on revient si souvent.  

On a eu envie de savoir à combien et avec qui vous écoutez vos podcasts, on a donc lancé un appel à témoignages sur les réseaux sociaux. Vous avez répondu nombreux.ses –et nous avons appris à mieux vous connaître. De ce que l’on a lu, vos pratiques d’écoute varient en fonction du lieu où vous vous trouvez. Si certain.e.s d’entre vous profitent d’être en compagnie de quelqu’un pour lancer un podcast, d’autres vont au contraire organiser la rencontre pour favoriser l’écoute à plusieurs. Du plaisir solitaire aux goûters d’écoute, petit tour d’horizon de vos habitudes auditives… 

Les podcasts sur les chapeaux de roue

Le lieu d’écoute collective qui revient le plus, c’est la voiture. Que ce soit avec vos ami.e.s, votre famille ou de parfait.e.s inconnu.e.s au cours d’un covoiturage, les podcasts vous accompagnent lors de vos longs trajets en voiture.

Et si la radio a longtemps été le média de prédilection sur la route, le podcast offre de nombreux avantages. Votre écoute n’est plus contrainte par la grille, ce qui permet de réécouter des programmes radios en rattrapage, comme Maria, qui écoute souvent Par Jupiter ! (France Inter) et Sur les épaules de Darwin (France Inter) avec son chéri.

La route, c’est aussi l’occasion de gérer la lecture du podcast comme on le souhaite. «Il n'est pas rare qu'on mette en pause pour faire chacun notre commentaire en live, donner nos points de vue ou débattre un point difficile», nous explique Manu, qui écoute des podcasts avec sa compagne.
Certain.e.s d’entre vous vont même jusqu’à associer l’écoute d’un podcast particulier au fait de faire des longs trajets en voiture. C’est le cas de Marion et Romain, pour qui c’est devenu un rituel. «Nous n'écoutons jamais Transfert seul.e ou à la maison, nous faisons même des “réserves” d'épisodes pour quand nous aurons à prendre la voiture pour un trajet important.» Mais, contrairement à Manu, qui aime mettre en pause pour commenter ce qu’il entend, pour eux l’écoute est religieuse. «Nous sommes très studieux quand nous écoutons les épisodes de Transfert, pas de mise sur pause ni de discussions parasites. Nous écoutons.»

Gare cependant à ne pas vous mettre en danger sur la route! Lucie raconte: «On a écouté des podcasts France Culture sur la route, j'avoue que j'ai dû arrêter à un moment car ça me berçait, j'étais plongée dedans et ça commençait à être dangereux pour la route


À table!

L’autre moment que vous avez plébiscité pour vos écoutes à plusieurs, c’est celui du repas. Comme on regarde ses séries en mangeant, on peut consommer ses podcasts au moment du repas. Chez Thomas, c’est tous les mercredis soir. «Entre est devenu un rituel pendant le repas du mercredi soir (pas de télé en mangeant). C’était notre petit rendez-vous hebdomadaire en famille avec Justine, après une écoute préalable par mes soins.»
Et parfois, écouter en mangeant permet de gagner du temps: comme dans le cas de Lucie et sa camarade de road-trip en Sardaigne, que la découverte des fictions Sandra et Homecoming (de Gimlet Media) a plongé dans le binge-listening. «On a commencé dans la voiture; on a été complètement happées par le truc. À essayer de déceler les tenants et aboutissants des intrigues, à exprimer nos ressentis sur les personnages. Si bien qu'on les a binge-listenés les soirs en dessert, en s'enfilant un verre de rouge et une tablette de chocolat noir. C'était comme voir un film, en mieux.» Pareil pour Manu: le moment du repas vient compléter celui de l’écoute en voiture, «quand il n'y a pas de trajets de prévus, on se fait des sessions d'écoute à table».
 

Et aussi les podcasts au lit, en soirée...

Comme pour l’écoute individuelle, il semble que le podcast vous accompagne un peu partout. Plusieurs d’entre vous nous ont parlé des corvées de ménage faites ensemble ou des moments intimes, accompagnés d’un podcast. «Il m’arrive régulièrement d’en écouter avec ma copine, le soir avant que nous nous endormions», raconte Léo. Ou simplement allongé dans l’herbe, comme pour Coline lorsqu’elle a fait découvrir à son copain son podcast préféré. «J'en écoutais seule et m'étant trouvée une vraie passion pour Transfert j'en ai forcément parlé à tout le monde. J'ai voulu le faire découvrir à mon copain l'année dernière, on s'est posés dans l'herbe un écouteur chacun, et on a lancé l'histoire d'Hugo, le premier épisode, que je n'avais pas encore écouté mais dont je connaissais le potentiel. On ne s'est pas parlé, réagissant surtout par regards ou rires, dans une bulle au milieu de tout le monde. À la fin, on s'est échangés nos opinions, nos émotions, comme si on venait de le vivre ensemble.»

Et vous semblez être nombreux.ses à apprécier l’écoute à plusieurs des podcasts pour cette raison précisément: elle ouvre la voie à la discussion. «Je me souviens d’une superbe conversation que nous avons eue sur l’économie des monastères à la suite d’un épisode du podcast de Nouvelles Écoutes, Splash», souligne Léo. «Aussi, nous avons beaucoup échangé à propos des péripéties de Justine l’année dernière.» Et la force de ces conversations, il se l’explique par le fait de pouvoir échanger sur un sujet où il y a un socle commun de connaissances, grâce à l’écoute du podcast. Maria apprécie également cet enrichissement partagé: «on a l’impression d’apprendre des choses à deux, comme lorsqu’on regarde un documentaire ou que l’on fait des expos ensemble». Au-delà des connaissances communes, l’écoute à plusieurs crée un échange. «Ça crée un lien avec la personne, un souvenir commun en plus, une intimité ou un savoir partagé qui crée de la proximité», suggère Coline. Et comme on rit plus face à une comédie lorsque l’on est plusieurs, on peut ressentir les choses plus intensément lors des écoutes à plusieurs.

Pour les podcasts qui racontent des histoires tout particulièrement, le fait d’écouter à plusieurs lance des discussions. Léo: «Parfois les podcasts soulèvent de petites choses auxquelles nous n'aurions pas pensé si nous n'avions pas eu cette écoute en duo. Je pense à des petits souvenirs d'enfance que l'on pouvait se remémorer en écoutant Entre par exemple.» Et comme Léo, vous semblez être nombreux.ses à apprécier le fait de pouvoir connecter vos écoutes à votre vie, lors des écoutes à plusieurs. «Le podcast permet de faire pause là où on souhaite discuter d’un point précis, ou ajouter une anecdote personnelle à un endroit qui nous parle particulièrement», confirme Lucie. 

L’institution : les écoutes publiques

Impossible de parler des écoutes à plusieurs sans s’intéresser à ces séances d’écoutes collectives, de plus en plus nombreuses, qu’elles fassent office d’avant-première avant la diffusion sur internet ou d’événement de lancement d’un nouveau podcast. Aux États-Unis, il existe même des clubs d’écoute de podcasts, sur le modèle des clubs littéraires. Chacun écoute de son côté et vient échanger régulièrement avec d’autres amoureux.ses du podcasts –on retrouve ce plaisir du partage après une écoute commune. Le New York Times a par exemple ouvert les portes de son club d’écoute de podcasts, autrefois réservé à ses seul.e.s employé.e.s. Un épisode est mis au programme de la semaine, accompagné de pistes de questionnements.

En France, ce sont les des goûters d’écoute d’Arte Radio qui ont ouvert la voie à cette pratique. Ces séances d’écoute collective existent depuis les débuts d’Arte Radio: «Le principe d’une séance d'écoute, c’est que c’est comme une séance de cinéma ou de théâtre: tu t’inscris, tu viens à l’heure, tu ne sors pas en plein milieu», nous explique Silvain Gire, directeur éditorial d’Arte Radio. Mais toute œuvre sonore ne se prête pas forcément à une écoute collective, selon lui: «Les podcasts d’Arte Radio sont des podcasts d’auteur, très élaborés, des œuvres de radio. Pour ceux-là, c’est agréable d’avoir une écoute collective. Les podcasts plus légers, plus conversationnels sont moins pertinents à plusieurs», nous explique Silvain Gire. «Les écoutes collectives devraient, à mon sens, être réservées à des œuvres avec une certaine densité, où il y a plusieurs niveaux de lecture, un gros travail sur le son, un récit vraiment passionnant.»
Et si les goûters d’écoute d’Arte Radio durent depuis si longtemps, c’est parce que le format en lui-même apporte quelque chose à l’expérience du podcast: «Les émotions sont multipliées. On se confronte, on peut en parler», détaille Silvain Gire. C’est d’ailleurs l’expérience qu’a faite Léo, lors d’une écoute collective au festival Longueurs d’ondes de Brest: «C'était une expérience très intéressante, il me semble que c'est quelque chose de très intérieur. Je me souviens avoir conservé le regard dans le vague pendant toute l'écoute. On est avec d'autres gens, on partage la même chose en même temps mais l'écoute est très personnelle. Cela mobilise beaucoup l’imagination.»

Pour Silvain Gire, les goûters d’Arte Radio servent aussi de moment d’interaction: «À chaque fois que l’auteur est disponible et à Paris, il vient sur scène avec moi après le programme et on dialogue, on prend quelques questions du public. Ça permet d’aller plus loin et c’est très intéressant pour le public de comprendre comment on fait des choix de réalisation pour un podcast ». Et si cette expérience est valorisante pour le public, elle l’est également pour l’auteur. «L’écoute collective ne pardonne pas. Elle fait ressortir les qualités et les défauts. Il arrive qu’après une avant-première, quand le son n’est pas encore en ligne, on refasse une journée de montage et on remonte le son. Non pas en fonction des réactions des gens, mais parce que leurs réactions nous ont éclairés sur ce qu’il faut faire ».

Seul.e ou mal accompagné.e ?

Mais sortir de l’intime n’est pas forcément au goût de tous les auditeurs et auditrices. Comme Lucie par exemple, qui «pense que l’écoute publique n’est pas si facile à appréhender car personnellement, je ne saurais où poser le regard, et je crains que les interactions –de regards, justement– sortent les auditeurs de l’immersion du podcast, du fil de la narration.»

Pour d’autres encore, ce type d’écoute est incompatible avec l’essence même du format. «Pour moi, l'intérêt du podcast c'est de pouvoir faire une autre activité en parallèle. S'assoir juste pour écouter, ça ne me correspond pas, à moins d'une mise en image appropriée au thème», explique Manu. Mais il ne serait pas contre le fait d’assister à l’enregistrement en public d’une émission. «Avoir la personne en visuel, voir ses réactions non verbales, ça donne des clefs supplémentaires. C'est comme un spectacle ou un concert, avec la réaction de la salle en prime et la possibilité (peut-être) d'interagir avec des séances de questions-réponses.»

Si les podcasts se prêtent ainsi aux écoutes collectives, c’est essentiellement parce que leur portabilité nous permet de choisir quand et avec qui les écouter. Cette même flexibilité donne aux podcasts un avantage sur la radio et en fait un médium à part.

Pour celles et ceux que les goûters d’écoute intéressent, ceux d’Arte Radio se passent à la Maison de la Poésie à Paris –et le prochain (le cinquantième!) aura lieu le 7 octobre.

Merci à vous de nous avoir répondu, de nous écouter et nous lire ! 

Alice Bouleau et Maureen Wilson

Des podcasts pour voyager

Depuis la fête nationale, depuis la victoire des Bleus, les rues semblent se vider progressivement. Mi-juillet est arrivé, avec son lot de départs en vacances. Qui dit vacances, dit transports, et qui dit transports, dit podcasts! Et puis un podcast en faisant bronzette sur la plage, c’est pas mal aussi. On vous a concocté une petite sélection (subjective et non-exhaustive, comme d’habitude) sur et autour du voyage. Rassurez-vous, celles et ceux qui ne partent pas cet été y trouveront aussi leur compte. Fermez les yeux, écoutez, et laissez-vous emporter loin, très loin…
 

Des conseils pour vos futurs voyages

La débrouillardise, en voyage comme dans la vie, est loin d’être partagée de façon équitable. Certain.e.s sont des baroudeur.euse.s né.e.s, d’autres ont besoin de quelques conseils... Alors que ce soit en prévision de votre voyage annuel en Bretagne ou avant de partir vous expatrier à l’autre bout du monde, les récits et tips des personnes passées avant vous peuvent vous être précieux. On prend son carnet, son stylo, on écoute et on prend note.

  • La Bougeotte est un jeune podcast qui s’adresse aux femmes qui voyagent, fait de discussion, de conseils et témoignages. Loin de s’arrêter à des recommandations que l’on aurait entendus mille fois, La bougeotte propose de répondre à de vraies interrogations pas forcément abordées ailleurs (on pense à l’épisode sur le fait de voyager avec une maladie chronique par exemple). Daisy, Marine et Laura offrent une lecture subtile du voyage en tant que femmes, en y ajoutant un regard critique et en tordant le cou aux clichés!
    La Bougeotte est le nouveau protégé de Nouvelles Écoutes après avoir gagné leur accélérateur de podcasts, Wings! Raison de plus pour l'écouter!

  • On she goes est un podcast américain présenté par Crissle West qui parle voyage pour les femmes racisées. Chaque épisode aborde une thématique sur laquelle les invitées viennent échanger. On y entend parfois des personnalités américaines (Roxane Gay, l’autrice de Bad Feminist, intervient dans le premier épisode), on échange des anecdotes, des conseils pratiques, des bonnes adresses... Le ton est léger et pourtant l’émission aborde des enjeux très sérieux auxquels les femmes non-blanches peuvent être confrontées, comme l’acharnement des agents de sécurité dans les gares ou aéroports, par exemple.

  • Nomade Digital, c’est une discussion entre Stanislas et Paul, deux entrepreneurs qui voyagent… et travaillent. Ils nous partagent leurs histoires de «nomades digitaux», avec des conseils et retours sur expériences pour faciliter le quotidien de celles et ceux qui voudraient leur emboîter le pas. Le ton est léger, on rit en les écoutant, et pas de crainte, le podcast est très accessible, même si vous venez de découvrir comme nous l’expression «nomade digital».

  • Zero to travel, c’est le podcast qui veut vous faire voyager pour… le moins cher possible. Jason Moore est rejoint par des invité.e.s qui viennent partager leurs expériences, non pas de voyage «cheap», car la qualité est toujours valorisée, mais de voyage à moindre coût. Comment gagner un voyage gratuit? Voyager gratuitement en faisant du volontariat? Comment préparer son voyage version «backpacking»? On vous invite à écouter Zero to travel pour obtenir la réponse à toutes ces questions. On vous recommande particulièrement l’épisode How to Make Money, Have Fun and Travel the World, si vous hésitez encore à prendre un emploi saisonnier cet été!
     

Des récits de voyage

Les voyages font aussi rêver parce que l’on est à peu près sûr.e de revenir avec des histoires à raconter aux proches. Une belle rencontre, un moment de frayeur, une révélation existentielle ou des complications de transports… Bref, le voyage est propice aux récits en tout genre, dont voici quelques exemples.

  • À chaque épisode de Je t’emmène en voyage, Alex Vizeo accueille un.e invité.e qui nous raconte une aventure extraordinaire qu’il ou elle a vécue à l’étranger. On a souvent tendance à voir ces explorateur.trice.s comme des individus surhumains, capables de surmonter la peur de l’inconnu, des conditions climatiques très différentes, des dangers réels ou fantasmés pour vivre une expérience intense. Ce podcast a la particularité de nous les rendre plus accessibles, tout en maintenant une bonne dose de sidération en entendant le récit de ces expéditions hallucinantes. Vous pouvez écouter Sylvie raconter comment elle a nagé avec des baleines à bosse, Steven expliquer comment il a fait le tour du monde pendant deux ans sans sac à dos, ou encore Christian parler de son exploration des quatre lieux les plus extrêmes du monde (le plus chaud, le plus humide, le plus froid, et le lieu où le climat est le plus changeant).

  • Si vous trouvez plus intéressant l’aspect psychologique du voyage, plus croustillante la façon dont les péripéties ont un impact sur la personne qui les vit, voici trois épisodes de Transfert (que Louie produit pour Slate.fr) sur le voyage. Dans celui-ci, Lucille vous raconte comment un voyage en Australie a tout changé pour elle. Dans un autre épisode, Tucker vous narre l'une de ses aventures qui pose la question de la confiance que l’on doit accorder aux gens. Enfin, nous vous conseillons d’écouter la bouleversante histoire de Gabriel qui part en Inde et vit une histoire d’amour dans laquelle il n'a pas forcément le beau rôle...

  • Les récits de voyages sont tellement fascinants qu’ils constituent une part non négligeable de la littérature et de l’inspiration des écrivain.e.s. Nous vous recommandons donc d’écouter quelques épisodes de Récit de voyage, sur France Culture. L’épisode sur Jack London, David-Néel, St-Exupéry, Bouvier et Tesson est passionnant. Il en va de même pour la quadrilogie Carnets de voyage qui montre l’articulation si puissante entre le voyage et l’écriture.
     

Des podcasts qui nous font voyager

Certain.e.s d’entre nous ne partent pas en vacances cet été. On rêvait de plages, de forêts, de montagnes. Et on se retrouve dans les mêmes rues, les mêmes bureaux et les mêmes transports en commun. Mais on peut quand même s'évader un peu! Parce que les podcasts ne nous font pas que baver à l’écoute des histoires des autres: parfois, ils nous font voyager —dans notre tête et nos oreilles, certes— en nous embarquant dans des contrées lointaines. Les écouteurs fichés dans les oreilles deviennent alors des passerelles vers des terres et cultures inconnues.

  • Allô la planète est une émission incontournable sur ce point! Présentée par Éric Lange, diffusée sur plusieurs stations dont France Inter pendant quelques années, elle vit aujourd’hui sur le blog de Chapka Assurances et compte près de 200 épisodes. Le concept initial est simple et génial: recevoir des témoignages en direct d'auditeur.trice.s appelant depuis les quatre coins du globe et qui racontent leurs expériences, leur quotidien, et le pays dans lequel ils habitent.

  • Mais nul besoin d’explorer l’étranger et d’autres continents pour se sentir dépaysé.e! Sur la route, diffusé sur France Culture, vous fait voyager partout en France, vous parle de l’actualité d’une ville ou d’une commune (comme Ouvrouer-les-Champs, ce village en mal de maire dans le Loiret), de métiers locaux (comme les vignerons bourguignons) ou encore d’identité régionale (comme cet épisode sur la Corse).

  • Si vous êtes davantage branché.e musique, il faut absolument écouter Carnet de voyage, sur France Musique. L’émission propose «un atlas ouvert sur les musiques que l’on dit de tradition orale ou extra-européennes». Chaque épisode, «croquis sonore» d’ailleurs, vous embarque et vous emmène très loin à travers des mélodies, des timbres et des rythmiques jamais entendus jusqu’alors. Nos préférés: Les pleurs et la colère: poésie chantée des Amharas d’Éthiopie, De l’art du timbre vocal: au cœur du khöömii en Mongolie, et Les longs sanglots du Caucase.

  • Mayotte, voyage dans l’île aux mille parfums, est un documentaire réalisé par Laure Chatrefou et disponible sur ARTE Radio. En moins de dix minutes, il vous emmène à Mayotte, cette île tropicale de l’océan indien, département français depuis 2009, bercée par des influences culturelles très variées. Ouvrez grand les oreilles, vous allez entendre des sons auxquels vous n’êtes peut-être pas habitué.e: «jeu de dames, coco râpé, saut de baleines et chants soufis / Monsieur râleur, marteau-piqueur, musique afro et cri de Makis / Cours de Français, enfant nageur, coq affolé et muezzin».


Inclassables, mais tout aussi excellents, on vous conseille:

  • Travelogue: le podcast qui prend un pas de côté sur les voyages, de façon concrète, pour s’interroger sur les différents enjeux qui y sont liés. On y parle de l’actualité, par exemple avec un épisode-hommage à Anthony Bourdain, mais aussi de sujets plus généraux, comme cet épisode sur le tourisme du cannabis! On vous le recommande chaudement, pour la pertinence des questions posées.

  • Dans la même veine, le dernier épisode de Quoi de Meuf, le podcast de talk féministe de Nouvelles Écoutes, aborde la question du voyage. Mélanie Wanga et Clémentine Gallot s’interrogent sur les enjeux du voyage féminin solitaire, un acte féministe en soi. 

    Maureen Wilson & Elie Olivennes

Le son binaural: Saint Graal ou gadget de la création sonore?

Enfin! Avec l'épisode 1 de Plan Culinaire, Louie s'est mis au son binaural. Oui, le mot fait peur (on dit aussi «son en 3D»), mais la réalité est encore plus impressionnante! Si vous n'avez jamais entendu de son binaural, je vous invite à écouter cette tondeuse passer près de votre nuque, vous allez tout de suite comprendre aux frissons dans votre dos. Cependant, on explique assez peu en quoi le binaural diffère du son habituel, ce que cela peut apporter au podcast et à la création sonore en termes d'ambiance et d'immersion. Je me suis donc tout naturellement tourné vers l'ingénieure du son qui s'occupe de la création sonore de Plan Culinaire.
Léa Chevrier a 25 ans et a étudié à Louis-Lumière en son. Elle a fait un mémoire sur l'utilisation du binaural pour le documentaire radiophonique, et a réalisé Sur la langue, pour ARTE Radio, ainsi qu'un long documentaire sur les phobies avec un court passage en binaural sur l'apiphobie, pour France Culture.
 

Pourquoi t'es-tu tournée vers les podcasts?

L.C. «J'ai beaucoup écouté de podcasts, et à chaque fois je suis un peu déçue parce qu'il y a surtout beaucoup de voix. Le fond est toujours intéressant mais il y a très rarement une sensibilité sonore. Cela m'étonne parce qu'aujourd'hui, dans toute la production audiovisuelle, dans toutes les séries, l'image est de plus en plus travaillée, on voit qu'il y a une vraie recherche esthétique. Je trouve qu'en radio, les journalistes ont trop peu de sensibilité au son, et c'est dommage.»
 

Alors c'est quoi exactement, le binaural ?

«Il y a deux manières de faire du binaural. La première, que j'utilise le plus souvent et qui est la plus simple et magique selon moi, consiste à mettre un micro dans chacune des oreilles et d'enregistrer. Quand on écoute ensuite au casque, on entend en 3D. Cela repose sur un principe très simple: depuis la naissance, notre cerveau corrèle la vue et l'ouïe, si bien qu'il enregistre toutes les informations de spatialisation. Cela permet, même quand on ferme les yeux, de savoir d'où vient le son, et c'est lié à la forme de nos oreilles. Le pavillon de l'oreille est orienté vers l'avant, donc lorsqu'on entend un son devant ou derrière, il ne va pas avoir le même timbre, la même couleur. Si on entend un son à gauche, l'onde sonore arrive sur l'oreille gauche avant d'arriver à l'oreille droite. Le fait de mettre des micros au plus près des tympans permet naturellement de reproduire ce phénomène, car les ondes sonores subissent un effet de diffraction et de réflexion sur notre tête. Les micros vont alors enregistrer directement et exactement les mêmes différences de son. C'est ce que l'on appelle le binaural natif. La deuxième technique, plus compliquée, consiste à utiliser des modèles mathématiques qui essaient de reproduire ces différences de son via un logiciel. C'est le binaural par traitement du signal.»
 

En quoi est-ce différent du son que l'on a l'habitude d'écouter?

«Le binaural diffère de la stéréo. La stéréo capte les différences de temps et d'intensité des sons, et cela permet d'entendre à droite et à gauche, mais pas en avant, en arrière, au dessus, en dessous, parce que tout cela repose sur les différences de timbre. Et c'est cela que prend en compte le binaural.»
 

En quoi l'écoute d'un son en binaural est alors différente?

«Le binaural apporte de l'espace, une impression d'immersion, que l'on a moins avec la stéréo. Dans tout ce qui est enregistré très proche de la tête, comme une voix qui nous chuchote à l'oreille ou un objet que l'on fait passer près de notre nuque, le binaural va très bien fonctionner parce qu'il va rendre l'impression que quelque chose nous frôle. En binaural, on projette les sons à l'extérieur de notre tête, comme dans la vraie vie. En stéréo, le son ne semble pas naturel, et le cerveau ne sait pas où le placer. Il l'internalise donc dans la tête. Le binaural se rapproche beaucoup plus de l'écoute naturelle finalement. La stéréo est faite pour fonctionner sur enceintes à la base. Elle retranscrit une image sonore que l'on pourrait avoir comme devant nos yeux. C'est pour cela que la stéréo au casque ou aux écouteurs fonctionne moins bien que sur des enceintes. Et à l'inverse, le binaural fonctionne exclusivement aux écouteurs.»
 

Pourquoi est-ce que le binaural te passionne?

«C'est quelque chose d'assez magique, même si c'est faux: c'est le fantasme de pouvoir écouter avec les oreilles de quelqu'un d'autre. Comme voir à travers les yeux d'autrui. Chacun voit et entend de façon légèrement différente. Avec le binaural natif, si j'enregistre quelque chose avec des micros dans mes oreilles et que je réécoute au casque, cela va très bien marcher. Si, en revanche, quelqu'un d'autre réécoute et si les oreilles de cette personne sont très différentes des miennes, cela risque de mal fonctionner. C'est clairement un véritable enjeu technique, mais en même temps je trouve cela génial et fascinant!»
 

Comment travailles-tu avec Louie Media là-dessus?

«Pour l'instant, je travaille sur Plan Culinaire. Je suis arrivée un peu tard sur le projet, donc tout était déjà écrit et les voix étaient enregistrées. J'ai davantage fait de l'illustration sonore a posteriori. Mélissa m'a laissé carte blanche pour faire la création sonore que je voulais, et je me suis bien amusée. Je voulais enregistrer quelqu'un qui mâche des céréales en binaural natif mais c'était un peu compliqué. On peut acheter des têtes artificielles avec des micros, mais cela coûte très cher, donc j'ai préféré fabriquer une tête moi-même! J'ai passé une journée dans ma chambre avec mon paquet de céréales à enregistrer plein de sons. Je suis aussi allée prendre des ambiances dans des supermarchés, des cafés... L'avantage, c'est qu'avec les petits micros dans les oreilles, je passe incognito, tout le monde pense que ce sont des écouteurs! Je pense qu'avec Louie, on va intégrer le son en binaural de plus en plus tôt, dès l'écriture des épisodes, parce que plaquer du son par dessus n'est pas toujours très heureux.»
 

Le binaural est-il le futur de la création audio ou un simple gadget, selon toi?

«Le binaural existe depuis les années 1970 mais ne se démocratise que maintenant parce que, sociologiquement, les gens se mettent de plus en plus à écouter au casque ou aux écouteurs. Mais je ne pense pas que le binaural soit mieux que la stéréo, et que la stéréo soit mieux que la mono. C'est juste différent selon l'utilisation que l'on en fait, et ce sont deux choses différentes. C'est comme la couleur et le noir et blanc. Un beau film en noir et blanc, on n'a pas envie de le coloriser. Le problème avec les nouvelles technologies (même si ce n'est pas si nouveau), c'est que l'on commence toujours par faire des choses un peu kitsch juste pour montrer l'effet, comme le cinéma 3D par exemple. Petit à petit, cela rentre dans la culture des gens et on commence à l'associer à une vraie écriture. Moi-même je tâtonne et je me pose tout le temps la question pour le binaural. Que peut-on faire avec, et dans quel cadre est-ce intéressant?
Pour répondre à la question initiale, c'est les deux. Le binaural n'est qu'une technique. Reste à savoir comment se l'approprier.»


Propos recueillis par Elie Olivennes

 

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Pour entendre les sons de céréales en binaural dont parle Léa Chevrier dans l'interview, écoutez le premier épisode de Plan CulinaireCe nouveau podcast Louie sera diffusé chaque premier vendredi du mois. Retrouvez Plan Culinaire sur notre site louiemedia.com,  sur iTunes (et laissez commentaires et étoiles!), Soundcloud, YouTube. N'hésitez pas à nous suivre sur Facebook, Twitter, et Instagram et à commenter. Vous pouvez aussi nous envoyer des e-mails à hello@louiemedia.com.

Un nouveau podcast Louie à glisser dans vos oreilles: Plan Culinaire

Lorsque je me suis rendue compte que j’adorais parler de ce que je mange, j’avais devant moi une assiette de mozzarella (la burrata n’avait pas encore envahi nos restaurants et supermarchés), elle était accompagnée de tomates qui avaient du goût et de basilic pour parfumer le tout. J’avais toujours aimé manger mais je réalisais seulement, au début de ma vie d’adulte, toute la passion qui m’animait quand ma bouche s’ouvrait pour en débattre.

C’est aussi sûrement grâce à Nora Bouazzouni, que j’ai rencontrée en 2009 à un festival de musique en Bretagne, où l’on se nourrissait de galettes de sarrasin et de bière tiède. La suite, ce sont de longues discussions qui n’ont jamais cessé.

                                                  Thibaud Le Floch

                                                  Thibaud Le Floch

Pourquoi mange-t-on encore des céréales à notre âge? Pourquoi a-t-on commencé à boire du vin nature? Va-t-on au resto comme on sort voir une expo? Nora et moi avions envie de répondre à toutes les questions qu’on se posait lors de nos conversations à table –un comportement si français– et de décortiquer nos habitudes. Parce que, comme on le dit si souvent, «manger, c’est la vie». C'est une activité vitale que nos pratiques culturelles transforment constamment. «Sur l’alimentationnote si justement le sociologue Jean-Pierre Poulain, convergent des éléments qui traduisent les mutations des sociétés contemporaines. On peut l’étudier comme lieu de ces mutations. (...) Mais l’alimentation est aussi un élément qui fonde la société. Et qui la transforme.» C’est le point névralgique qui nous permet, en creux, de comprendre les sociétés que l'on habite.  

Manger, c’est aussi une expérience sensorielle particulière que l’on vit trois fois par jour, voire plus. Des sensations particulières et une excitation que nous voulions transmettre, avec un travail sur le son qui devrait vous faire de l’effet dès ce premier épisode de Plan Culinaire.

Il parle de l'une de nos obsessions, le petit-déjeuner, et de la manière dont on a toujours cru, enfants, qu’il fallait manger des céréales pour être en forme et bien grandir. Était-ce vraiment le petit-déjeuner idéal? Pourquoi en est-on resté.e.s persuadé.e.s si longtemps? Qui a mis des céréales Kellogg’s dans nos bols? Et pourquoi le Granola tente-t-il de remplacer les Chocapic?

Nous voulions élargir la discussion, au-delà de Nora et moi, au-delà de Louie, où l’on évoque nos repas à longueur de journée, qu’ils soient passés, présents ou futurs. Pour découvrir ce que notre façon de manger dit de nous, de nos sociétés et de notre histoire, la grande ou la petite. 

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Plan Culinaire est disponible chaque premier vendredi du mois. Vous pouvez retrouver Plan Culinaire sur notre site louiemedia.com, vous abonner sur iTunes (et laisser commentaires et étoiles !), Soundcloud, YouTube.
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On a hâte de vous lire !

Mélissa Bounoua

Sexe et podcast font bon ménage

Ça y est! Le soleil s'est enfin installé au-dessus de nos têtes et darde ses rayons sur nous. Et cela n'est pas sans effet notable. Processus chimique complexe, approche des vacances, simple coïncidence: chacun.e a ses raisons pour avoir envie de parler de sexe. Il se trouve que ce sujet universel trouve dans le podcast un terrain de prédilection. C'est pourquoi, cette semaine, nous vous proposons une sélection subjective et non-exhaustive des meilleurs programmes sur et autour du sexe, pour tous les goûts et tous les désirs. Vous y trouverez des podcasts érotiques, instructifs, de discussion, et bien sûr narratifs!
 

Les podcasts érotiques

Lassé.e.s des images, souvent trop explicites, crues, sans mystère  —donc sans érotisme— de la pornographie habituelle, nombreux.ses sont ceux.elles qui ont pris le parti du sonore. Davantage à même, peut-être, de stimuler l’imagination, l’audio paraît plus raffiné. Et si l’émoustillement par les oreilles était l’avenir du désir et de la sensualité?
Grains de voix affriolants, bruits évocateurs, musiques enivrantes forment un savoureux cocktail qui ne laissera pas vos tympans indifférents.

  • En témoigne cet article de madmoiZelle qui vous parle d’un podcast créé par Stéphanie Estournet qui a été journaliste chez Libération pendant près de quinze ans: CtrlX. Avant d’entrer sur le site, il faut d’abord confirmer que l’on est majeur.e. Apparaissent ensuite les différents épisodes, accompagnés de magnifiques d’illustrations. Chaque podcast est une adaptation audio ciselée d’un texte de littérature érotique (Le Cul de la femme, de Pierre Louÿs; Les Onze Mille Verges, de Guillaume Apollinaire; Les Caprices du sexe, de Louise de B., etc). Je vous recommande particulièrement l’interprétation du Mort de Georges Bataille par Juliette Coulon (à la lecture) et Hervé Marchon (à la réalisation). Ce texte d’une grande force est scandé par des rythmiques et des percussions de batterie ainsi que des bruits sous-marins tout au long de l’écoute qui ne font que le sublimer.

  • Je vous recommande également le deuxième épisode de L’Air du son, produit par Binge Audio, intitulé «Sexe et audio, le dernier refuge du désir?». Dans ce podcast, Andréane Meslard discute de l’érotisme sonore avec ses invité.e.s, Stephen Des Aulnois (créateur du Tag parfait, un magazine en ligne spécialisé dans la culture porn) et Elisa Monteil (créatrice du tumblr Supersexouïe). Ce site a retenu mon attention car il propose une multitude de créations audio pornographiques inventives et originales. La mise en son du sexe y est très diversifiée. J’y ai découvert Hear I come! de Baptiste Marie, une symphonie de voix qui vous fera vous sentir comme un.e chef.fe d’orchestre du plaisir.

  • Je ne peux m’empêcher de vous renvoyer au paragraphe écrit par Charlotte Pudlowski, dans notre troisième newsletter, sur Chambre 206, un podcast érotique à écouter sur Audible. Elle en parle mieux que personne!

  • Enfin, dans un genre un peu différent, il faut que vous écoutiez (ou du moins, tentiez d’écouter) La bande SM d’Arte Radio. Ce documentaire de Jeanne Robet sur une dominatrice qui se fait appeler «Courtisane des limbes» nous fait entendre l’une de ses séances de sadomasochisme avec un soumis. Âmes sensibles, s’abstenir, car comme le dit la description du podcast: «l'insoutenable côtoie le burlesque et les actes de torture s'accompagnent d'une réelle tendresse».

 

Les podcasts qui nous expliquent des choses sur le sexe

Si les podcasts permettent un renouvellement des œuvres pornographiques et érotiques, ils nous offrent également des clefs pour mieux comprendre le sexe, la sexualité, et le regard que l’on porte sur ce sujet souvent peu abordé. Quoi de mieux alors que la parole tout simplement pour briser l’omerta et répondre aux questions que l’on a tou.te.s mais que personne n’ose poser?

  • Dans cette catégorie, on ne peut omettre le fantastique Sex and Sounds, sur Arte Radio. Composée d’épisodes courts (de deux à cinq minutes), cette série est dédiée «aux liaisons fructueuses entre plaisirs d'en-bas et sons d'en-haut». Avec beaucoup d’humour, et une batterie de samples et de sons, Maïa Mazaurette nous en apprend à chaque fois sur des thématiques variées, qui vont du dirty talking au rire au lit en passant par le frout ou le son de l’orgasme masculin.
  • Serial dragueur est un podcast présenté par Anouk Perry, ancienne rédactrice sexe et feel good sur madmoiZelle. En cinq épisodes, Florian, un ami à elle, nous explique comment il fait pour entretenir des liaisons sexuelles saines avec plus d’une dizaine de femmes en même temps, tout en réussissant à faire prospérer des relations sincères avec chacune. Comment s’organise-t-il? Quelles sont ses techniques de drague? Comment voit-il son obsession pour le sexe et quelle place les applis de rencontre occupent-elles dans sa vie?

  • Côté pédagogie du sexe, on ne peut pas faire beaucoup mieux que Le Cabinet de Curiosité Féminine. Cette association anime des ateliers, des débats, des émissions, des conférences, participe à des festivals, ou encore intervient auprès d’autres associations. Ah et elle fait aussi des podcasts! Une fois par mois, des expert.e.s en sexualité discutent d’un sujet pendant près d’une heure et demi. Un épisode est consacré à déconstruire le mythe «Vaginale vs Clitoridienne», un autre à expliquer ce qu’est la prostitution exactement. Je vous recommande tout particulièrement cet épisode qui se demande comment est affectée la sexualité des femmes victimes du cancer du sein.

  • Dans un genre complètement différent, vous allez adorer suivre les pérégrinations de Chris Sowa dans le podcast anglophone Sex With Strangers. Véritable globe-trotteur du sexe et passionné de sociologie, l’animateur de ce podcast voyage aux quatre coins du monde afin d’explorer différentes facettes et spécificités culturelles de la sexualité. Et on apprend plein de choses! Je vous conseille particulièrement l’épisode 1 (où il parcourt la ville de Tokyo à la recherche des introuvables distributeurs de sous-vêtements usagés), l’épisode 7 (il va à Mumbai, en Inde, pour parler avec Jasmine, une femme transgenre et travailleuse du sexe) et l’épisode 29 (où il se rend dans le quartier rouge d’Amsterdam le soir de la Saint-Valentin pour enquêter sur les couples qui pimentent leur vie sexuelle en faisant appel à des prostituées).

 

Les podcasts où l’on parle librement de sexualité

Dans le petit monde du podcast, le sexe semble être abordé, dans la grande majorité des cas, sous la forme d’une discussion libre, d’un talk ou d’une interview. Certain.e.s semblent parfois aimer davantage en parler qu’autre chose, tant le sujet donne lieu aux fous rires et aux débats enflammés.

  • On vous en avait déjà parlé dans notre septième newsletter: l'Émifion est un podcast animé par Navie et Sophie-Marie Larrouy. Dans chaque épisode, elles discutent librement de sexualité sans tabous, idées reçues ou complexes. Leur franc-parler et leur complicité rendent le sujet encore plus désopilant, divertissant et instructif. Dans le même genre, Guys We Fucked est un podcast anglophone où Corinne Fisher et Krystyna Hutchinson interviewent des hommes avec qui elles ont couché.

  • Cet article des Moissonores nous a également fait découvrir L’Aubergine. C’est une émission diffusée le dernier dimanche de chaque mois sur Graffiti Urban Radio, disponible en podcast bien sûr, en charmante compagnie de Lucyprine, du Docteur C, de Flo et de Mélanie. Les épisodes portent des noms alléchants comme «Poils pubiens, cyprine et tronçonneuse», «Sperm, anus et vieux bouquins» ou encore «Douleur, amour à plusieur, podcast et Corto Maltese».

  • Me My Sexe and I® est un podcast qui «fait entendre [...] les expériences personnelles de femmes noires». Il est animé par Axelle Jah Njiké, co-autrice de l’ouvrage collectif Volcaniques, une anthologie du plaisir, qui accueille un vendredi sur deux une femme noire pour parler de sa vie personnelle, de son rapport au corps, à la sexualité, à l’amour… C’est un podcast très beau et doux qui nous fait entrer au cœur de l’intimité de ces femmes aux parcours singuliers.
  • «La phrase que l’on me répète le plus souvent est “Je ne peux pas croire que tu fasses ça avec ta mère"» (traduit librement depuis l’Anglais) dit Cam Poter. Vous l’aurez peut-être compris, il est le co-animateur de Sex Talk With My Mom, un podcast où sa mère et lui discutent et glanent, depuis leurs expériences sentimentales et sexuelles, de précieux conseils. Si l’auditeur.trice, en se laissant emporter dans la discussion, peut avoir tendance à oublier le lien qui unit ces deux personnes, certaines situations assez embarrassantes et gênantes vous le rappellent sans effort!

 

Les podcasts qui racontent des histoires autour du sexe

Mais ce qu’on aime le plus quand on parle de sexe, c’est peut-être les récits. On a tou.te.s cet.tte ami.e qui vit des aventures sexuelles rocambolesques, tellement absurdes et singulières qu’elles sont forcément vraies. Et puis même quand elles sont fictives, les histoires de sexe ont toujours quelque chose d’un peu captivant. Ou peut-être ne sommes-nous que des voyeur.se.s en puissance assouvissant nos pulsions scopiques... Quoi qu’il en soit, voici quatre podcasts où les récits autour du sexe sont mis à l’honneur.

  • On était précédemment dans une étrange relation mère-fils. Restons dans la thématique avec le culte My Dad Wrote A Porno dont on a aussi parlé dans notre septième newsletter. Jamie Morton a un jour fait la découverte insolite d’un roman pornographique écrit par son père. On peut aisément imaginer que toute personne normalement constituée aurait tenté de cacher l’ouvrage et d’en oublier l’existence-même. Bien au contraire, il a décidé d’en faire un podcast hilarant où il lit un chapitre chaque semaine, en compagnie de James Cooper et d’Alice Levine. Il va découvrir des choses sur son père qu’il aurait peut-être préféré ne jamais savoir…

  • Avec Bawdy Storytelling, vous allez être gâté.e.s. Ce podcast est une mine d’or d’histoires (vraies) de sexe abracadabrantesques, hilarantes, étranges et très humaines à la fois. «Je veux que dans chaque histoire, tou.te.s les auditeur.trice.s puissent se reconnaître dans quelque chose» (traduction libre depuis l’Anglais), dit Dixie De La Tour, l’animatrice du podcast. Et c’est une réussite! Vous vous surprendrez à sourire après avoir entendu certains détails a priori insignifiants et pourtant si vrais.

  • Tout a commencé comme un projet féministe et queer sur le sexe et puis ça s'est transformé en un projet féministe, queer, intersectionnel, sur le sexe et ce qui va avec: beaucoup de corps, et des sentiments. Créé par Kaitlin Prest et faisant partie du réseau Radiotopia, The Heart propose de magnifiques mini-séries au son incroyablement créatif. À écouter de toute urgence!


Elie Olivennes

Ne pourra-t-on un jour plus différencier une voix humaine d'une voix artificielle?

Depuis le 13 juin dernier, Amazon Echo est disponible en France. Motorisée par l'assistant Alexa, l'enceinte permet d'accéder à près de 200 applications vocales en français. Les assistants vocaux intelligents font beaucoup parler d’eux ces temps-ci et se démocratisent progressivement. Bientôt, la voix d’un ou une inconnu.e nous accompagnera chez nous, dans nos enceintes, dans nos écouteurs, sous la douche, en pliant nos chaussettes… bref, dans notre quotidien en général. On se souvient du film Her de Spike Jonze, où Théodore (Joaquin Phoenix) tombe amoureux de Samantha, une intelligence artificielle à la voix féminine (celle de Scarlett Johansson). La dernière fiction audio de Gimlet Media, Sandra, s’attaque aussi à la question de l’humanisation de ces voix et intelligences de synthèse. Et si la première étape vers une véritable IA capable de converser naturellement avec l’homme n’était autre que l’amélioration de la voix, qui sonnait très robotique jusque-là?

Aujourd’hui, de plus en plus de recherches ont précisément pour but d'«humaniser» les voix artificielles, pour qu’en fin de compte, on ne puisse plus différencier à l’oreille la voix d’une machine, de celle d’un humain. Et je dois dire que les avancées en la matière sont extrêmement troublantes.

Faites le test par vous-même en écoutant ce premier enregistrement, et le deuxième ensuite.
 

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Alors? Pas si simple de faire la différence. La voix 1 est humaine et c’est celle d’une employée de chez Google, la 2 ne l’est pas. Le projet a été dévoilé en décembre dernier. Cette voix de synthèse incroyablement proche de celle d’un être humain, c’est celle sur laquelle travaille la firme californienne sous un nom de programme aux allures de science-fiction: Tacotron 2.

Selon cet article de 01net, la spécificité de ce programme est qu’il repose sur deux réseaux neuronaux: un premier qui découpe le texte en séquences et les transforme en spectrogrammes, un second qui génère automatiquement les fichiers audio à partir de l’analyse de ces spectrogrammes. En d’autres termes, Tacotron 2 n’utilise pas une banque d’enregistrements variés de comédien.ne.s qu’il combinerait pour former des phrases, mais génèrerait une voix de synthèse à partir des formes d’ondes des spectrogrammes. Le programme aurait obtenu le score exceptionnel de 4,53 lors des calculs chargés de juger la qualité de la restitution sonore d’un codec audio. Pour vous faire une idée, la version humaine s’élève à 4,58.

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En plus de sonner étonnamment humaine, cette voix artificielle est capable de reproduire une multitude de dictions différentes. Comme le montre bien cet article de CNET (avec des enregistrements à l’appui), Tacotron 2 pourrait prononcer aisément des mots compliqués, faire varier le volume et le débit d’élocution, saurait faire la distinction entre les deux sens d’un même mot, et adapterait son intonation à la ponctuation et même à la typographie (les mots en majuscule sont davantage accentués)! Pour les plus curieux.ses d'entre vous, vous pouvez écouter de nombreux exemples ici.

Couplé aux programmes d’intelligence artificielle, Tacotron 2 a notamment permis à l’Assistant de Google de réaliser une prouesse technique au cours de la conférence I/O 2018 (du 8 au 10 mai): faire une réservation par téléphone sans que l’interlocuteur au bout du fil ne se rende compte qu’il s’agissait d’une machine. Comment? En imitant des onomatopées humaines comme les «hum...» et les «ah...», tout simplement!

À celles et ceux qui ont peur des dérives technologiques, de la robotique et de l’intelligence artificielle en particulier, rappelons simplement que cela n’a été possible que sur une courte durée, et que ce programme de voix et d’intelligence de synthèse a pour l’instant besoin d’un entraînement spécifique à chaque nouvel exercice. Mais le jour approche où la voix et le langage ne seront peut-être plus le propre de l’être humain...

D’ailleurs, Justine, de Entre, est un robot depuis le début, de même que toutes les personnes de Transfert. On ne vous l’avait pas dit?

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Elie Olivennes

Vous avez un Android? La vie de vos oreilles va changer

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Au Podcast Day à Copenhague (où Louie était convié), la nouvelle application podcasts de Google était sur toutes les lèvres: elle arrive, de manière imminente, c'est une question de semaines. Actuellement, les consommateurs Apple jouissent d'une application native dans leur téléphone: ils achètent un iPhone, et sans rien télécharger, ils peuvent très facilement écouter des podcasts.

À l'inverse, les détenteurs d'Android devaient, jusqu'à présent, télécharger une des nombreuses applications proposées, mais sans bien savoir vers quoi se tourner. Ce qui avait pour résultat ce décalage impressionnant: 80% des écoutes de podcasts se font sur iPhone, alors que 80% des propriétaires de smartphones ont des téléphones Android. (En France, Android détient 80% de part de marché contre 75,6% un an plus tôt.) Mais cette situation s'apprête à changer.  

«La mission de notre équipe est d'aider à doubler le nombre d'écoutes de podcasts dans le monde, au cours des deux prochaines années», a expliqué Zack Reneau-Wedeen, chef de produit Google Podcasts, il y a quelques semaines.

Dans un post de blog publié en avril, le studio de podcasts américain Pacific Content expliquait que cette nouvelle application, en plus de toutes les fonctionnalités attendues d'une app de podcast classique, intégrerait Google Search et Google Assistant.

Steve Pratt de Pacific Content au Podcast Day à Copenhague, le 12 juin 2018

Steve Pratt de Pacific Content au Podcast Day à Copenhague, le 12 juin 2018

Aussi, pour arriver à doubler l'audience des podcasts, ceux-ci apparaîtront également dans les résultats de recherches Google de manière plus claire, comme des «citoyens de première classe», à l'instar des onglets texte, image et vidéo. Non seulement lorsque l'on cherche spécifiquement le podcast mais aussi lorsque l'on fait une recherche associée à la thématique principale du podcast, a détaillé Steve Pratt de Pacific Content en avril. Présent à Copenhague ce mardi 12 juin, il a laissé entendre que l'appli Google pourrait sortir dans les deux semaines à venir.

D'ici-là, si vous cherchez encore une appli pour votre smartphone sous Android, voilà des idées.

Comment Radio France envisage le podcast

Le 13 février 2018, France Culture a lancé son premier podcast natif de fiction, Hasta Dente, sans qu'il ait été diffusé au préalable en FM. Mais la distribution de podcasts par Radio France n'est pas récente. Depuis 2005, date à laquelle Radio France commence à diffuser des programmes sur iTunes, elle recense 2,5 milliards de téléchargements issus des antennes.

Face à ce chiffre impressionnant, on est tenté de se demander si aujourd'hui, en 2018, la consommation du podcast est enfin devenue une évidence. À défaut de pouvoir répondre de façon tranchée, il est au moins intéressant de comprendre comment une telle institution conçoit le format aujourd'hui, et le discours qu'elle adresse au grand public pour rendre accessible ce type de programme. Parmi toutes les initiatives de la maison de la radio, il y a notamment cette vidéo de France Culture expliquant «Comment écouter un podcast». Christelle Macé, directrice du marketing digital de Radio France, était la personne qui pouvait nous répondre.

Comment Radio France a-t-elle décidé de se mettre aux podcasts?

C.M. : L'origine des podcasts de Radio France, c'est d'abord l'évidence de la réécoute. La deuxième évidence, c'est de transporter nos contenus au-delà de nos propres supports, et donc auprès d'autres publics, ceux pour qui ce n'est pas naturel de se tourner vers Radio France. C'est dans la culture de la maison d'être toujours là où les nouveaux points d'accès au public se développent. C'était le cas au début, et c'est toujours le cas aujourd'hui dans le cadre de notre stratégie d'hyperdistribution. Cela n'empêche pas de réfléchir au bien-fondé de cette distribution et aux relations que l'on doit entretenir avec les plateformes.

Qu’est-ce que le terme «podcast» signifie pour Radio France? Dans notre définition technique interne, on fait une subtile distinction entre, d'une part l'AOD (Audio On Demand), c'est-à-dire ce qui est mis à disposition des usagers pour la réécoute sur nos propres supports ou à l'extérieur, et d'autre part le podcast où l'étape finale reste le téléchargement et l’écoute hors connexion. Aujourd'hui, le terme «podcast» est employé par tous nos confrères de manière beaucoup plus générique pour désigner l'écoute à la demande, où l'on veut (sur n'importe quelle plateforme) et quand on veut (en dehors des grilles horaires). On prend aussi ce parti. En réalité, pour les utilisateurs, et en particulier pour les plus jeunes, peu importe qu'il s'agisse de téléchargement ou de streaming. Ensuite, on a beaucoup de discussions en interne sur la façon dont on nomme les différents modèles. Quand on parle de quelque chose à réécouter dans une émission, quand on fait des spots antenne, quand on décline un certain nombre de visuels de promotion, quand on explique notre activité au grand public, on se demande toujours si le terme «podcast» est bien compris. Tous les nouveaux acteurs qui se lancent, comme Louie Media, aident beaucoup à populariser ce terme, ce qui nous convient très bien.

Quels sont les noms que vous donnez à ces différents modèles de podcast pour le grand public?

On va plus volontiers utiliser le terme «podcast» quand il s'agit d'une série en tant que telle, avec un début et une fin. Quand on parle d'un contenu issu de l'antenne, on va davantage dire qu'il est «disponible en podcast» ou «disponible à la réécoute». Pour nombre d’utilisateurs, peu importe que le contenu soit issu de l'antenne radio ou pas: ce qui compte, c'est que ce soit France Inter ou France Culture qui lui propose. Il y a une valeur attachée à la marque. L’expression «podcast natif» est mal comprise. On va plutôt dire «podcast original», mais ce n'est pas très convainquant. On se met surtout à parler de «série originale» ou «inédite». On utilise des termes qui font comprendre que l'on fait un pas de côté par rapport à l'antenne. Pour être honnête, nous n'avons pas encore de méthodologie pour recueillir l'avis des utilisateurs. Ce dont on est certain, c'est qu’il faut faire comprendre aux auditeurs la notion d'épisodes, soit qui se suivent quand ils ont toute une série à écouter, soit dont l’ordre importe peu pour écouter le programme. C'est une chose sur laquelle on s'interroge : le podcast est-il plutôt une série ou un ensemble? Finalement, on s'autorise beaucoup de libertés.
 

Quelle est l'audience des podcasts de Radio France aujourd'hui?

En 2017, Radio France a comptabilisé près de 600 millions de téléchargements. Depuis 2018, le chiffre s’élève à environ 60 millions par mois.

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Les chiffres de téléchargements / avril 2018 – source eStat (Direction des études et de la prospective, Radio France)

L’évolution du total Radio France, depuis 1 an, avec France Inter et France Culture qui pèsent plus de 90% des téléchargements


Quelle stratégie allez-vous mettre en place ces prochaines années concernant le podcast?

On essaie d'avoir des relations et des discussions plus approfondies avec nos partenaires, les plateformes de distribution, afin qu'il y ait un meilleur échange et que l'on puisse apprendre de cette distribution externe. Le problème de la distribution externe, c'est l'accès aux données. C'est important pour nous de savoir que sur Deezer ou sur iTunes par exemple, ce ne sont pas les forcement les mêmes contenus qui sont plébiscités, que sur telle plateforme, les auditeurs vont jusqu'au bout, et sur telle autre non. Il faut aussi comprendre pourquoi. On a besoin de maîtriser cette distribution. On se sert aussi de cette année 2018 et sûrement de l'année prochaine, comme des laboratoires pour essayer des nouvelles formes d'écriture, des nouvelles thématiques moins abordées sur les antennes de Radio France. Cela nous permet d'inventer des choses éditorialement, mais aussi parce que les vingt-quatre heures d'une grille de radio sont finalement assez limitées. Cela laisse le champ libre à des projets qui ne pourraient pas trouver leur place à l’antenne.
 

Pensez-vous que vos podcasts auront un jour une aussi grande importance que l'antenne?

Oui, j'en suis certaine. La radio, c'est-à-dire l'antenne, compte beaucoup, car c'est un fil, un compagnon de moments de vie. Mais écouter des podcasts, c'est comme choisir dans une bibliothèque, ce qui est un acte beaucoup plus volontaire de la part de l'utilisateur. En revanche, je ne suis pas du tout dans l'angoisse de la cannibalisation ou du remplacement de la radio par le podcast. Je pense qu'il s'agit d'usages différents et très complémentaires.


Propos recueillis par Elie Olivennes

Louie, Acte I

Pas qu'on soit obsédé.e.s par les histoires (pas du tout), mais on s'est dit que la fin du crowdfunding qui arrive (vous avez jusqu'à ce vendredi soir 23h59 pour participer!), c'était l'occasion de faire un petit point sur le début de Louie. Comme si ce 1er juin, c'était l'acte I qui s'achevait.

Le prologue, c'était au printemps dernier. Louie ne s'appelait pas Louie, et on s'ennuyait. À la terrasse de café d’une rue gentrifiée, l’une a dit à l’autre: 
«Mais en vrai, pourquoi pas une boîte de prod?» et l’autre a dit «Trop de papiers: phobie administrative, Thomas Thévenoud». La première a dit «Moi j’adore ranger les papiers, ça me détend.»

Et voilà, il n’a fallu que ça.

Ou presque. Deux démissions, des nuits d’angoisse plus tard, beaucoup d’heures de rush dans la chambre d’une pré-ado extraordinaire, merveilleuse, qui change nos vies, des hectolitres de caféine, des mètres cubes de mikado et de banana bread plus tard, on était à 3 dans nos salons, avec Élie, le super stagiaire-fondateur de compétition (chef de la newsletter de Louie):

Élie à gauche, Mélissa à droite

Plus on avançait, plus on se rendait compte de tout ce qu'on ne savait pas faire, et de la chance qu'il y a à être bien entouré.e.s, de gens qui t'épaulent sur le son, la compta, le business, la prod, la vie, et de livres: 

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On a continué à produire Transfert pour Slate.fr, à chercher en permanence de nouvelles histoires, à être accompagné.e.s par les journalistes, musiciens et ingés son canons qu'on a la chance de fréquenter, et puis on a planché sur nos nouveaux projets. Et on a fini par lancer notre premier podcast Louie.

C’était l’acte I qui commençait. Vous vous êtes mis à écouter Entre, à nous envoyer des commentaires gentils, les audiences ont commencé à grimper, et on a appris à essayer de ne pas rire quand on nous prenait en photo: 

On s’est mis à recevoir des demandes de médias, ou de marques, qui voulaient faire des podcasts avec nous (ce n'est pas encore prêt mais c'est imminent, ça arrive!). Au point qu’on a pu embaucher notre première chargée de production, Adélie, et s’installer dans de vrais bureaux, avec un ficus et une machine à café, un lieu de travail où le stagiaire ne côtoie pas ton linge qui sèche:

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Certes, il y a des tapis moches, mais vraiment, cet endroit est super

Et l'équipe s'est encore étoffée, avec Gabrielle, notre nouvelle stagiaire. 

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Adélie à gauche, Élie au centre, Gabrielle à droite.
(Peut-être qu'il faut au moins les lettres e, l et i pour être embauchés chez Louie)

Et là on s’est dit qu’on voulait vraiment lancer nos nouvelles productions, qu’on avait besoin de fonds pour amorcer les projets éditoriaux qu’on souhaitait vous faire entendre avant la fin de l’année, pour payer toutes les personnes avec lesquelles on travaille, journalistes, ingés son, musicien.ne.s, réalisateurs et réalisatrices... Et on a alors lancé le crowdfunding. On a sobrement et discrètement communiqué dessus:

J-5! Vous écoutez des podcasts mais les histoires vous manquent? 😔
Les deux semaines entre chaque épisode de #Transfertpodcast vous semblent longues? 😢
Aider-nous à vous faire #entendredesvoix nouvelles ✊
🔥 Participez à notre crowdfunding 👇

https://t.co/XSEk2fU9n2 pic.twitter.com/1mKUWsB5s2
— Louie Media (@LouieMedia) May 27, 2018

Et à l’heure où l’on se parle (00h24 et les cernes qui vont avec), vous êtes 720 contributeurs, et vous avez laissé 363 commentaires géniaux (dont beaucoup de «Il ne savait pas que c'était impossible, alors il l'a fait!👍». Est-ce une private joke générale de tous nos auditeurs?)

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Nous avons franchi la somme plancher des 25.000 euros, et nous espérons atteindre 110 ou 120% avant la fin de la collecte.
 
Quoi qu’il en soit, on a un peu le sentiment de passer à l’acte II. Celui où notre consommation de caféine certes ne baissera pas, mais où l’on pourra vous proposer de plus en plus de podcasts, en recherchant un son plus inventif, des histoires nouvelles, des récits différents.
 
Il y a toujours des nostalgiques des débuts. En lançant Louie on a réécouté la toute première émission de This American Life, le taulier des podcasts américains. Elle date du 17 novembre 1995 et elle s’appelait «les nouveaux commencements». Ira Glass, le présentateur, démarrait le programme par un coup de fil, passait un peu de jazz, parlait de ce que c’était de lancer une nouvelle émission, aucune attente, aucune nostalgie et, au bout d’une minute, lâchait: «je pense que certains auditeurs quelque part se disent: "je me souviens des débuts de cette émission, il y a une minute ou deux, quand elle était vraiment bien"».
 
À l’acte II, il y a forcément des auditeurs qui se diront «c’était mieux avant». C’était mieux quand Louie faisait la start up nation entre la cuisine et les toilettes, quand les cheffes préparaient des biscottes au thon pour le déjeuner, et que personne ne savait que cette boîte existait. 
 
C’était bien hein, on ne dit pas le contraire. Mais maintenant ça va être tellement mieux.
 
Et franchement, c’est grâce à vous. Et à votre argent et à votre envie de tote bags et de stickers. Mais vraiment grâce à vous.

On a hâte de vous faire découvrir la suite.

PS: Et jusqu'à ce soir donc: vous pouvez participer, partager le lien du crowdfunding, faire écouter Entre et Transfert autour de vous! Toutes les participations seront utiles jusqu'au dernier moment!

 

C.P. & M.B.

Qu'est-ce qu'une bonne musique de podcast?

Vous avez déjà eu le jingle de Serial, reconnaissable entre mille, dans la tête pendant plusieurs jours? Ou le sentiment de revenir en enfance dès les premières notes de Entre? Nous, oui. Mais seriez-vous en mesure de chantonner les moments musicaux qui surgissent, de temps à autre, au cours d'un épisode? Rien n'est moins sûr. La musique est un élément crucial de nos podcasts, elle permet de soutenir la voix, d'établir une atmosphère et une esthétique particulière, de ponctuer le récit, etc. Mais, comme le montre bien cet article du média musical Pitchfork, composer une bonne musique de podcast est un exercice beaucoup plus compliqué qu'on ne le croit, qui n'a pas grand chose à voir avec la création musicale ordinaire.

On a donc eu envie d'interroger Maxime Daoud, l'un des musiciens et compositeurs qui réalise la musique pour Transfert depuis le début. Il travaille par ailleurs sur plusieurs projets musicaux: Ojard (ojard.bandcamp.com), Rodolph (rodolph.bandcamp.com) et joue avec Forever Pavot, Adrien Soleiman. 
 

Comment imagines-tu la musique d'un épisode Transfert?

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«Je reçois d'abord un premier montage de l'épisode, qui n'est pas nécessairement une version définitive (mais presque) pour me donner une idée de l'histoire. Je propose ensuite un thème musical, qui dure entre dix et quinze secondes, et il y a des ajustements à faire parfois. Puis je place la musique à différents endroits du récit. Et on refait de nouveaux allers-retours pour voir si le montage convient, s'il faut rajouter de la musique à certains moments ou en retirer. Enfin, j'envoie les pistes séparées pour aller au mixage. Je travaille chez moi, sur ordinateur, avec le logiciel Ableton Live. J'utilise des sonorités qui sont dans le logiciel et que je traite, mais je fais aussi des prises extérieures avec de vrais instruments (des guitares, des basses, des synthétiseurs, des claviers, etc). Le temps que je mets à composer la musique dépend beaucoup des allers-retours, mais, en moyenne, il me faut une après-midi pour écrire un thème musical et commencer à le mettre en forme, et une autre bonne demi-journée de travail pour le montage.»
 

 

Comment écoutes-tu les épisodes de Transfert dont tu dois faire musique?

«Il y a plusieurs niveaux d'écoute. Il y a d'abord une écoute "naïve", comme si je consommais le podcast de façon classique. J'écoute l'histoire, j'écoute la personne qui parle pour percevoir l'émotion, l'ambiance générale. Vient ensuite une écoute plus technique, dans la perspective de construire une musique. À ce moment-là, j'écoute en premier ce qui a trait à la musicalité de la voix. La voix parlée est très musicale, dans sa tonalité, sa rythmicité, sa dynamique. Certaines sont calmes et monocordes, (sans dimension péjorative), assez stables finalement, et d'autres varient beaucoup plus, avec des exclamations, des changements de rythme... Je considère presque la voix parlée comme un instrument musical, comme si le récit était une longue mélodie qui se décline. C'est à partir de cela que j'essaie d'établir un accompagnement. J'écoute aussi évidemment ce qui est raconté. J'essaie de déterminer où l'histoire va, quels chemins elle emprunte, quels détours elle fait.»
 

Alors comment fais-tu concrètement pour composer une musique en accord avec une voix parlée?

«La première chose que je fais, c'est déterminer le débit de la voix. Je mets un métronome régulier et j'essaie plusieurs tempo pour voir ce que cela fait sur la voix. Et on se rend souvent compte qu'elle est presque en rythme, comme si on avait un tempo inconscient quand on s'exprime. Ensuite, j'établis approximativement sa tonalité. Quand on parle, les intervalles de notes sont assez réduits, donc j'essaie plusieurs thèmes pour voir ce qui sonne naturellement le mieux avec la voix. Je tente un La majeur, par exemple, et si ça ne va pas, j'essaie un autre accord. Je travaille aussi sur les timbres. Une voix peut être nasillarde, épaisses, fine, etc. Je recherche une complémentarité entre la musique et le timbre de la personne qui parle. Si la voix est très médium et très pleine au centre, je vais plutôt l'habiller par le haut (aigu) et par le bas (grave) pour ne pas créer de redondance sonore. Inversement, si elle est fine et perchée, je vais lui faire un petit fauteuil pour qu'elle puisse être installée dessus. Tout cela contribue à l'équilibre et à l'harmonie sonore de l'épisode.»
 

As-tu une méthode de composition musicale pour le podcast?

«L'idée générale est de ne pas entacher le propos et la narration de la personne qui parle en plaquant mon intention et mes émotions à moi. Il s'agit de soutenir le propos, pas de l'effacer. Quand la musique accentue trop un élément, ça devient lourd alors que la voix seule ne l'était pas. J'essaie de composer un thème musical équilibré d'une quinzaine de secondes, avec un certain nombre d'éléments qui peuvent être déclinés tout au long de l'épisode et qui, isolés ou utilisés dans d'autres configurations, vont pouvoir soutenir des moments très variés. Même si l'épisode est très triste, la musique ne le sera pas du début à la fin, parce qu'il y a toujours des nuances dans le propos, des variations dans les émotions, ce n'est jamais uniforme. Il faut donc qu'il y ait assez de ressources dans la composition. Je réutilise souvent un élément rythmique de l'arrangement initial dans les moments tendus, quand il y a de l'action ou du suspens. Dans des moments plus nostalgiques, j'utilise davantage d'harmoniques, de mélodies, d'éléments sonores ouverts. Pour les premiers Transfert, j'avais proposé plusieurs thèmes, comme pour chapitrer l'épisode avec des musiques différentes. Mais cela faisait trop de variations, et le récit était brouillé. On s'est mis d'accord avec Mélissa et Charlotte pour qu'il y ait davantage de cohérence générale dans la musique avec un thème principal. C'est une méthode qui s'est construite empiriquement et subjectivement, mais j'ai l'impression que ça marche mieux comme ça.»
 

Qu'est-ce qu'une bonne musique de podcast selon toi?

«Une bonne musique de podcast doit être en adéquation avec l'esthétique et la ligne éditoriale du podcast lui-même. Avec Transfert par exemple, on est sur quelque chose d'intimiste et de personnel où les gens parlent dans un contexte assez confiné et calme. La musique doit épouser cette ambiance. Une bonne musique de podcast doit aussi soutenir le récit sans l'écraser, le surcharger ou le mettre au second plan. Elle doit se faire suffisamment discrète tout en apportant du relief et du décor à certains moments. C'est une sorte de présence absente.»
 

Tu fais de la musique par ailleurs. Quelle est la différence entre composer de la musique en général, et de la musique pour podcasts?

«C'est très différent. D'un côté, c'est une démarche personnelle quand je compose pour mes projets: je suis mes envies, mes intentions, je détermine ce que je veux faire et la manière dont je veux le faire. Pour Transfert, je m'adapte, j'essaie de servir une ligne éditoriale et un projet culturel qui me dépasse. Il ne faut pas confondre les deux. En revanche, il y a nécessairement des intrications et des sources d'inspiration diverses. Personnellement, je vois la création musicale comme quelque chose d'un peu total et sans clivages véritables.»
 

Est-ce que composer de la musique uniquement pour des podcasts peut être un véritable métier, selon toi?

«Oui, pourquoi pas? À condition que le marché soit suffisamment développé pour ça. Aux États-Unis par exemple, avec des grosses émissions comme This American Life, je suis sûr que certaines personnes ne font que ça. Personnellement, j'ai besoin de faire des choses différentes et je considère que la diversité et l'ouverture sont bonnes pour la création en général. Cela crée des frictions assez intéressantes, alors que la spécialisation dans un domaine peut instaurer un certain nombre de normes qui contraignent l'inspiration et la créativité.»

 

Propos recueillis par Elie Olivennes

Crédit photo: Anne Moyal.

Yanny, Laurel et les trompe-l'ouïe

Yanny ou Laurel?

Vous vous souvenez de la robe? Non? Mais si: cette robe, objet d'affrontements sur les réseaux sociaux de hordes d'internautes déchaîné.e.s. Les un.e.s prétendaient la voir blanche et dorée, les autres bleue et noire. Figurez-vous qu'un phénomène similaire fait rage depuis quelques jours, mais cette fois à propos d'un enregistrement audio. Lundi dernier, le débat est né sur Reddit. Le lendemain, les débats ont continué après le tweet d’une internaute. Écoutez l'enregistrement qui se trouve juste en dessous. Qu'est-ce que vous entendez?

Alors, faites-vous partie du camp «Yanny» ou du camp «Laurel»?
Comment est-ce possible qu’une moitié de personnes entende un mot, et l’autre moitié un autre? D’autant que les sonorités de ces deux noms n’ont à peu près rien à voir! Y a-t-il des explications à ce phénomène d’illusion auditive, de trompe-l’ouïe?
 

Non, vous n’êtes pas fous

 

Oui, il y a des explications, rassurez-vous. Selon cet article de Spin, la différence de perception auditive tient simplement aux variations de la gamme de fréquences que nous sommes capables d'entendre, notamment les fréquences hautes (c’est-à-dire les aigus). L’être humain est généralement en mesure de percevoir jusqu’à 20 kHz environ. L’article précise que cela correspond à peu près à deux octaves de plus que la note la plus aiguë d'un piano.

Mais il arrive que certaines personnes n’aient pas une perception auditive aussi étendue, c’est même plutôt fréquent d’ailleurs. Dans le cas de cet enregistrement, les sons qui composent «Yanny» sont proches de 20 kHz. Donc, les personnes qui entendent «Laurel» ont une ouïe moins sensible aux aigus que celles et ceux qui entendent «Yanny». La divergence viendrait donc de notre perception des sons et de l’acuité de notre oreille. The Upshot du New York Times a même fait un outil avec un curseur pour faire varier la hauteur de la voix de l’enregistrement. Vous allez être capables d’entendre «Yanny» ou «Laurel» à loisir!

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Mais cet article de The Atlantic propose une solution un peu différente. Chelsea Sanker, une phonéticienne de l'Université Brown, s’est penchée sur le spectrogramme obtenu à partir de l’enregistrement qui fait débat. Et la conclusion est assez claire, pour elle: ni «Yanny», ni «Laurel» n’est vraiment prononcé ici. Elle explique que le premier son entendu n'est assurément pas vélarisé (c’est-à-dire que la langue de l'orateur ne touche pas l'arrière de son palais mou). Donc ce n’est pas un L (comme dans «Laurel»). Mais la consonne du milieu n'est pas non plus un N, nous apprend-elle. On pourrait en entendre un parce que le son «i» qui suit a une sonorité très nasale. Il pourrait aussi y avoir une confusion à cause du dernier son entendu dans chacun des deux mots. Les deux sonorités («i» et «el» ) sont «sonnantes» ou «résonantes»: on peut continuer à les prononcer jusqu'à manquer d'air, contrairement aux sons occlusifs comme le «p» ou le «t». Donc cette explication-là considère plutôt que la source du débat vient de l’enregistrement lui-même, vu qu’il s’agit d’une voix artificielle.

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Mais des explications plus cognitives peuvent également être apportées. Ainsi, Le Monde cite le magazine anglo-saxon The Verge, qui est allé interroger Lars Riecke, professeur adjoint en audition et neurosciences cognitives à l’université de Maastricht. Ce dernier indique qu’il ne s’agit pas vraiment ici d’une illusion auditive, mais plutôt d’une figure ambiguë: «Une partie de la variation peut être due au système audio jouant le son [...] mais cela dépend aussi de la mécanique de vos oreilles, et ce que vous espérez entendre». Nina Kraus, du laboratoire Brain Volts de l’université Northwestern, explique au National Geographic que «la façon dont vous entendez le son est influencée par votre vécu et ce que vous savez sur ce son». Dans le même article, Douglas Beck, rédacteur en chef de la revue d’audiologie Hearing Review, poursuit ainsi: «Beaucoup pensent que l’ouïe se produit dans l’oreille, mais en réalité l’ouïe et l’audition s’accomplissent dans le cerveau».

Mais alors, le cas Yanny Laurel est-il unique pour autant faire parler de lui? Et bien non! Il y a quantité d’illusions auditives, de «trompe-l’ouïe». Simplement, nous nous y sommes habitué.e.s. La plus répandue est peut-être celle de la stéréophonie: quand on écoute de la musique ou un podcast sur deux enceintes, il arrive que l’on entende des sons provenant du milieu, d’entre les deux sources réellement existantes! Un autre exemple connu: le bruit que fait une ambulance ne change pas, il reste le même, et pourtant nous l’entendons se modifier lorsqu’elle s’éloigne. Cette perception auditive est due à la vitesse de propagation du son : c'est ce qu'on appelle l'effet Doppler.

Chez Louie en tout cas, pas d’entourloupe. Que du son authentique pour le plaisir de vos oreilles!

Elie Olivennes

Podcast? Poulet? Poulcast?

Aujourd’hui, on va vous parler de volaille. De poule, de coq et d’œuf pour être précis. Oui, oui (vous étiez tous à la campagne cette semaine). Parce que le podcast est une forme encore naissante bénéficiant d’une liberté extraordinaire et d’une multitude de possibilités vocales, sonores ou encore thématiques, de plus en plus de créateur.trice.s essaient, innovent, expérimentent. Et il faut avouer que ces expérimentations flirtent parfois avec l’étrange et le déconcertant. C’est de cette catégorie un peu particulière que l’on aimerait vous parler aujourd’hui à partir de trois exemples de podcasts assez différents. Et le poulet est une thématique assez abordée dans certains podcasts... ou pointus ou bizarres. En tout cas dans les trois que l’on a choisis pour cette newsletter.

Vous le verrez, le caractère incongru de certaines émissions ne se réduit pas à un simple étonnement distant, à un lever de sourcil dubitatif, ou à une duck face (du poulet au canard, il n’y a qu’un pas) flegmatique! Au contraire, il suscite parfois le sentiment d’une diversité inhérente à la forme-même du podcast, terrain d’exploration riche et inépuisable… bien qu’incongru.

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Quand le podcast est à la fois bizarre et super cool, ça donne: 

Hello from the magic tavern

Ce podcast anglophone est juste génial. En plus d’être drôle et divertissant, il compte un bon nombre de bizarreries. Chaque épisode dure entre 30 minutes et une heure, et commence avec un rappel de ce qu’il est arrivé à l’animateur, Arnie, juste avant de commencer l’émission. Arnie est passé à travers un portail dimensionnel magique qui se situait à l’arrière d’un Burger King de Chicago, et s’est retrouvé dans une étrange contrée du nom de «Foon».

Par un miracle inexplicable, il continue de capter un signal Wi-Fi faible et peut donc diffuser un podcast hebdomadaire enregistré dans la taverne du Vermilion Minotaur où il interviewe et discute avec de drôles de monstres, des sorciers obsessionnels, des aventuriers pas très courageux, etc. Une galerie de personnages loufoques défile dans une ambiance de taverne recréée simplement par des crépitements de feu de bois, des tintements de chopes qui trinquent et quelques rires aux éclats en fond sonore. Pour les amateur.trice.s de jeux de rôle, les fans d’Heroic fantasy, ou les amoureu.se.s de Tolkien, ce podcast est pour vous!

On vous recommande tout particulièrement l’épisode 2 où il est question d’un certain voyageur, Tom, héritier du trône ayant délaissé son habit princier pour celui d’acteur dans la fameuse troupe des «Cock Ticklers», en Français les «Chatouilleurs de ...». Nulle obscénité ici, puisqu’il s’agit bien de poulet, ou plutôt de coq, bien sûr, que les comédiens viennent titiller sur scène! Bref, vous l’aurez compris, ce podcast marie à merveille l’humour le plus subtil et les blagues grivoises, dans un talk fictif assez déroutant auquel on s’habitue au bout de quelques minutes.

Kesskonnatan (pour être heureux)

Ce podcast francophone du studio Le Poste Général, est composé d’épisodes de moins de 5 minutes qui sont de petites pastilles sonores complètement barrées. Le principe est le même à chaque fois: une blague, une chanson, une recette de cuisine facile. Sauf que –et c’est là ce qui rend cette émission on ne peut plus bizarre– toutes les voix sont artificielles. Comme celle de Siri, ou lorsque vous utilisez un traducteur sur internet et que vous cliquez sur «Prononcer». Le son est de bonne qualité et le montage dynamique, mais non dépourvu d’un certain sens de l’absurde. En effet, il imite un poste de radio qui passerait d’un canal à l’autre rapidement et sans souci de cohérence. Le tout donne un effet assez expérimental et original.

Dans cet épisode par exemple, vous entendez un robot vous raconter la blague du cheval qui va à la boulangerie, chanter «L’Amour A La Plage» de Niagara, et vous apprendre à faire de bons œufs au plat. Et on retrouve notre thématique du poulet! Hum, simple coïncidence?

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The Urban Chicken podcast

Alors là, vous êtes servi.e.s. Ce podcast est animé par Jen Pitino qui se définit comme une «chicken enthusiast». Il nous a été recommandé sur Twitter et nous a immédiatement plu. Tout, absolument tout, ce qu’il faut savoir sur le poulet y est consigné, analysé, discuté. Vous avez toujours rêvé de maîtriser l’art du poulailler? Écoutez l’épisode 7. Les poux et les acariens trouvent un refuge chaleureux sur les plumes de vos poules et vous ne savez pas comment vous en débarrasser? L’épisode 14 est fait pour vous. Comment pomponner ses poules pour les présenter à un concours de beauté? L’épisode 53 vous donne toutes les clefs pour réussir. Pris au sérieux ou non, il faut reconnaître que ce podcast est tout simplement incongru, tant la thématique générale est précise, les sujets des épisodes variés (alors qu’ils parlent tous du poulet!), et la musique du générique… étonnamment entraînante.

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Et comme le patriarcat n’a pas épargné le domaine de la volaille, on vous recommande particulièrement l’épisode 2, intitulé  «The Feminist's Chicken!», où il est question de Nettie Metcalfa. Cette remarquable éleveuse de poulets américaine est la seule femme de l’Histoire à avoir créé une race unique de poule officiellement reconnue par l'Association Américaine de la Volaille.

Elie Olivennes

Comment faire le meilleur son de podcast?

Depuis la sortie, en février dernier, du service en ligne Anchor 3.0 qui propose tout une batterie de fonctionnalités pour la création sonore, chacun peut prendre goût au podcast et en réaliser un. Plus besoin du dernier micro Sennheiser ou Neumann ultra-sensible, ni d'un studio high-tech parfaitement insonorisé! Bon, il est vrai que le podcast ne faisait pas pour autant figure de produit très sophistiqué et technique aux yeux de tou.te.s, mais peut-être semblait-il encore hors de portée pour certain.e.s.

Cette accessibilité accrue à la création sonore se vérifie en effet par le nombre de sorties de plus en plus important de podcasts –on a dépassé les 50 milliards d'écoutes et de téléchargements depuis 2005 sur Apple. Les podcasts indépendants font avancer le médium, l'enrichissent de nouvelles idées de formats, de sons, de voix, d'histoires. Mais il est important également d'avoir une attention particulière à la qualité du son. Or, rien de mieux pour cela que de s'en remettre aux mains d'un.e professionnel.le. On est donc allé interviewer l'un de nos ingénieurs du son, Jean-Baptiste Aubonnet, pour qu'il vous parle de l'importance de son métier, et surtout, de qualité de son en podcast.

Qu'est-ce qu'une bonne prise de son pour un podcast?

J.-B. A.: «C'est au moment de la prise de son que la majorité des choix sont faits, ne serait-ce que la distance entre le micro et la personne interviewée. Plus il est proche, plus l'environnement autour sera loin. Pour la prise de son, ce sont toujours les mêmes conseils: être le plus proche possible de la voix, essayer de se mettre dans un environnement dans lequel il n'y a pas trop d'acoustique, ni trop de bruits parasites, que ce soit une fenêtre qui donne sur un boulevard ou un frigo qui fait du bruit, par exemple. Chaque élément sonore que l'on a autour de soi peut être un parasite. L'idée c'est de trouver un endroit où on les réduit au maximum.

Dans l'idéal, quand on fait de la prise de voix en studio, on change de micro parce que certains vont mieux marcher sur certaines voix. Mais, au final, la référence est toujours la même: les oreilles. On se sert de ses oreilles pour écouter ce que l'on enregistre, et ensuite, avec la chaîne des outils de prise de son (le micro, le pré-ampli et l'enregistreur), on essaie d'avoir un grain et un rendu qui corresponde le plus possible à la réalité entendue. Personnellement, dans le cadre des voix, j'essaie d'avoir un rendu le plus naturaliste possible.»
 

Tu te charges aussi du mixage. Qu'est-ce que c'est?

«Le mixage vient après la prise de son. On travaille plutôt sur le ressenti que va amener la voix. On essaie de trouver le timbre le plus naturel possible, tout en étant le plus agréable. Si une voix est un petit peu agressive, on va calmer les aigus pour l'adoucir. Au contraire, si une voix a beaucoup trop de coffre, de caisse, donc de fréquences basses, on va les calmer un petit peu aussi pour que la voix soit entendue le mieux possible.

Il y a des zones de fréquences que l'on va également augmenter pour améliorer ce que l'on appelle l'intelligibilité. Ce facteur est très important car on ne sait pas sur quoi le produit final va être écouté: sur un casque iPhone, sur des écouteurs vraiment mauvais, ou sur une paire d'enceintes à 20.000 euros. Il s'agit d'essayer de trouver le grain sonore qui va amener le même ressenti, quel que soit le support ou même le lieu d'écoute, dans un salon très calme, ou dans le métro. C'est un jeu d'équilibriste puisqu'il faut aussi garder l'identité sonore de la personne qui parle. Dans le grain d'une voix, déjà énormément de choses se disent et se racontent.

Quand je fais le mixage, je n'ai pas d'influence sur ce qui est dit, j'ai une influence sur la manière dont on l'entend. Imaginons une œuvre visuelle, quelle qu'elle soit, un tableau ou un dessin. Sans mixage ou avec un mauvais ingénieur du son, c'est comme si cette œuvre était exposée dans une cave mal éclairée. Si je fais bien mon métier, cette œuvre est alors parfaitement éclairée, accrochée dans une galerie, bien encadrée et mise en valeur.»
 

Nos oreilles à nous, auditeurs lambda, sont-elles assez sensibles pour entendre la différence entre une bonne et une mauvaise prise de son, un podcast mixé ou pas?

«Sincèrement je pense que oui. Nos oreilles sont ultra éduquées, surtout à la voix enregistrée et microphonée, et particulièrement en France avec une tradition radiophonique assez forte. De base, l'oreille humaine est un sens assez étrange, dont on n'a pas forcément conscience puisqu'il est constamment allumé, en route. L'ouïe ne s'arrête jamais. Il suffit de fermer les yeux pour prendre conscience du fait que l'on voit. Au contraire, on entend absolument tout le temps. Cela ne rend pas forcément l'ouïe éduquée. Mais du moins, on emmagasine de la mémoire auditive non-stop, même quand on dort, ce qui la rend sensible à de plus en plus de sons.

Ce qui est intéressant, c'est que la voix enregistrée, notamment la voix radiophonique, n'est pas une voix que l'on a l'habitude d'entendre dans la réalité, puisque c'est comme si quelqu'un nous parlait de manière très proche, au creux de l'oreille. On rentre dans une intimité. La bonne qualité de prise de voix, c'est ce réalisme, mais aussi l'effet que cela va avoir sur nous en termes d'intimité. Pour les podcasts, une bonne qualité de son, c'est quand la voix réussit à créer ce rapport-là d'intimité, comme si une personne te racontait une histoire à toi, et uniquement à toi. Et on sent quand ça marche et quand ça ne marche pas.»


N'y a-t-il qu'une seule bonne qualité de son en podcast?

«La bonne qualité sonore dépend fortement de ce que l'on veut raconter. On peut très bien avoir un rapport un peu plus éloigné à la voix, mais qui est ultra réaliste parce que la voix est ancrée dans un environnement sonore qui nous parle (on entend les voitures passer dehors, la machine à café qui coule...). Là, c'est moins un rapport à l'intime qu'un rapport au réel qui est engagé.

La voix telle qu'on l'a travaillée dans les podcasts de Louie Media est légèrement différente du rapport radiophonique. Typiquement un Transfert, ce n'est pas une voix au creux de l'oreille qui vient effleurer le tympan, mais ce n'est pas une voix très éloignée non plus. On a plutôt l'impression que la personne est en face de nous, que l'on est capable de la regarder dans les yeux. C'est en tout cas l'imagerie que je m'en fais. C'est intéressant parce qu'au final, on est presque plus naturel que la radio, qui serait plutôt naturaliste, et pourtant, on est détaché du réel au sens où la voix est isolée du reste de l'environnement sonore. On se retrouve avec une personne qui nous raconte son histoire à nous auditeurs, sans que l'on prenne en compte l'endroit où la personne se trouve. Transfert, c'est une confession. Il faut donc garder cette proximité et cet isolement.»


Qu'est-ce qu'on peut faire pour améliorer la qualité de notre son?

«En terme de qualité de son, on peut toujours faire mieux. Avoir un micro et un enregistrement encore plus cher, qui font passer moins de souffle, qui rendent un grain de voix encore plus plein. Mais ce ne serait pas fondamentalement différent. Donc je pense que sur Entre et Transfert, on pourrait difficilement faire vraiment beaucoup mieux. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'il faut que l'on aille ailleurs, sur d'autres formats, sur des rapports différents au produit audio. Il y a plein d'autres voies qui peuvent être explorées. C'est là que l'on va découvrir de nouveaux challenges.»

Propos recueillis par Elie Olivennes

Les podcasts peuvent-ils sauver Hollywood?

Come Sunday, nouveau film sorti sur Netflix en ce mois d’avril, pourrait être une production comme une autre –un récit inspiré d’une histoire vraie, incarné par des stars américaines, Chiwetel Ejiofor, Danny Glover, Martin Sheen... Mais c’est aussi un film d’un genre nouveau: les adaptations de podcasts.

Avant d’être une production hollywoodienne, Come Sunday était un épisode de 2005 de l’émission This American Life, intitulé «Heretics», produit par Ira Glass et Alissa Shipp. Et si ce genre d’adaptations n’est pas intrinsèquement nouveau, il se développe à toute allure aujourd’hui: ABC vient de sortir sa série Alex Inc, adaptée du podcast Start Up, d’Alex Blumberg; HBO a adapté 2 Dope Queens et d’autres projets sont en cours, notamment Dirty John, S-Town

Une nouvelle manne de spectateurs

Pour The Economist, qui analysait fin 2017 l’adaptation du podcast Lore (podcast d’histoires vraies qui font peur, racontées comme autour d’un feu de camp), «le fait qu’un humble podcast puisse appâter des dirigeants de chaînes de télé est la preuve que le média podcast est à son zénith». Citant une enquête d’Edison Research estimant que 67 millions d’Américains de plus de 12 ans écoutaient alors des podcasts mensuellement (le chiffre dépasse désormais les 73 millions) et que 42 millions en écoutaient toutes les semaines (48 millions aujourd’hui), l’hebdomadaire relevait qu’il s’agissait-là d’un chiffre 4 fois supérieur au nombre de personnes se rendant au cinéma toutes les semaines.

Lorsque les magnats du cinéma ou de la télévision écoutent des podcasts, ils voient évidemment une manne de spectateurs potentiels pour leurs productions. Et une manière de limiter les risques d’échec. À la sortie de Come Sunday, Ira Glass, créateur de This American Life expliquait au Hollywood Reporter: «Les podcasts génèrent un lien extrêmement fort entre une émission donnée et sa communauté d’auditeurs», notant que cela créait un public fidèle facilement convertible aux adaptations télé ou ciné. L’épisode de This American Life adapté par Netflix avait été écouté par 4,5 millions de personnes. Le podcast Lore est suivi selon The Economist par 5 millions de personnes par mois: de quoi assurer une communauté solide de spectateurs au moment de la sortie.

Face à la déprime

Mais les écrans pourraient peut-être voir autre chose dans les podcasts. Prequels après sequels, après blockbusters, une critique lancinante a émergé: Hollywood pue. Une mauvaise odeur se répand, de manque de créativité, parfum fétide de la lassitude et de la recherche de profits faciles. «Hollywood est en pleine déprime créative», pouvait-on lire dans le The Hollywood Reporter en 2016. Un constat qui ne cesse d’être répété, au moins depuis le début des années 2000: le refus de prendre des risques conduit au ramollissement intellectuel et artistique du cinéma américain.

À l’inverse, l’industrie des podcasts est perçue aujourd’hui comme extrêmement créative et innovante. Dans son roman graphique Out on the Wire, la bédéiste Jessica Abel présentait d’ailleurs la narration sonore aujourd'hui comme «le terrain le plus fertile pour la non-fiction narrative dans les médias anglo-saxons». Et en fiction –bien que la fiction audio existe depuis que l’audio existe–, de nouveaux codes sont à inventer pour susciter des mondes aussi crédibles et vivants que ce à quoi les fictions visuelles nous ont habitué.e.s. Elie Horowitz, co-scénariste de Homecoming, podcast de fiction de Gimlet Media bientôt adapté par Sam Esmail (Mr Robot) pour Amazon avec Julia Roberts confiait d’ailleurs, «en audio, certaines choses sont plus compliquées, créer un cadre, faire comprendre qui parle, donner une texture à chaque scène… Ces contraintes apparaissent d’abord comme des obstacles ou des limites: des corvées à subir. Mais nous progressons sans cesse dans notre capacité à nous en servir comme des tremplins créatifs».

Étant encore loin de brasser autant d’argent que les industries des écrans, l’industrie du podcast est aussi beaucoup plus libre, moins soumise aux impératifs de rentabilité; elle est aussi encore «cool» comme l’expliquait Zach Braff, qui joue le rôle d’Alex Blumberg dans Alex Inc.

Paradoxalement, cette vague d’adaptations de podcasts pourrait permettre un renouveau créatif à l’écran. S’il n’est pas encore flagrant (les titres cités ne brillent pas par l’originalité de leur transposition filmique), les réalisateurs, en piochant dedans, pourraient bien se confronter à cette ébullition et en bénéficier. Les règles sont à écrire: comment transposer le son en image? Comment inventer le regard qui correspond à l’oreille?

Sans compter que le cheminement inverse des adaptations est en train de s’insinuer. Plusieurs boîtes de production de podcasts américaines nous ont fait remarquer qu’elles discutaient avec des boîtes de productions de films de la possibilité de tester en podcasts des scénarios que ces dernières n’osaient passer directement à l’écran. Si produire un podcast de grande qualité coûte cher, cela coûte toujours moins cher que de mettre Brad Pitt et Jennifer Lawrence dans une pièce avec une caméra braquée sur eux. Produire un podcast «test» est une nouvelle option pour s’aventurer sur de nouveaux terrains, explorer de nouvelles histoires, de nouvelles manières de raconter.


C.P.

Quels modèles économiques pour le podcast aujourd'hui?

Nous avons lancé mardi une campagne de financement participatif! Autant vous dire que pour les 40 prochains jours, vous allez voir passer un sacré nombre de postes sur les réseaux sociaux, à base de «PARTICIPEZZZ ✨⚡️💥🔥🌪🌈☀️❤️💛🤘» (Et effectivement, n'hésitez pas à participer 😏). Alors nous nous sommes dit que la moindre des choses était d'expliquer à quoi cet argent allait nous servir. À financer:

  • Les journalistes, qui cherchent avec intelligence et attention des histoires fortes et pertinentes, susceptibles de vous attendrir, de vous émouvoir, de vous enthousiasmer.

  • Les artistes qui composent nos musiques et dessinent nos illustrations.

  • Le matériel dont nous nous servons et les studios dans lesquels nous enregistrons pour vous faire entendre des voix toujours plus intimistes.

  • Les ingénieurs du son qui apportent leur extrême méticulosité à nos projets pour qu'ils sonnent le mieux possible.

  • Et le temps de production qu'il faut pour mener tous ces projets à bien.

Il s'agit aussi bien sûr de vous faire contribuer au développement de Louie! Mais c'est également un enjeu financier. Ce crowdfunding était l'occasion parfaite de se pencher sur le modèle économique du podcast. Nous avons donc interrogé trois acteurs français majeurs de ce milieu: Joël Ronez, cofondateur de Binge Audio; Julien Neuville, cofondateur de Nouvelles Écoutes; Candice Marchal, cofondatrice de BoxSons.
 

Quel est votre modèle économique aujourd'hui?

Joël Ronez, de Binge Audio:
«Notre modèle est aujourd'hui fondé sur la publicité et le brand content d'une part, et la production déléguée d'autre part. La publicité, c'est du sponsoring qui vient sur nos programmes. Pour le brand content, on travaille avec des clients comme Disney, Universal Pictures dans le domaine du cinéma; avec Médecins sans frontières, l'Université Paris-Saclay, la mairie de Paris dans le secteur public... La production déléguée, c'est la production de programmes que nous faisons pour le compte de diffuseurs ou de médias tiers. C'est ce qui forme la majorité de nos revenus aujourd'hui. On fait aussi de la production exécutive, de la prestation et du conseil, notamment dans le secteur des enceintes connectées. D'ici deux ans, s'ajoutera à notre modèle actuel une partie freemium: les auditeurs pourront souscrire à une partie payante qui donnera accès à un certain nombre de contenus additionnels à valeur ajoutée.»

Julien Neuville, de Nouvelles Écoutes:
«C'est un modèle économique traditionnel dans le milieu du podcast, anglophone ou français. Il est fondé sur la publicité dans les programmes que l'on produit nous-mêmes et sur les contenus que l'on peut réaliser avec et pour des clients privés, qu'il s'agisse d'organisations, d'entreprises, de clubs de foot...»

Candice Marchal, de BoxSons:
«On a un modèle économique payant qui fonctionne par abonnement. Pas de publicité, et pas d'argent industriel. Nous sommes parties avec un capital de base constitué de fonds propres et de fonds amicaux, auquel s'est ajouté l'argent collecté grâce au crowdfunding.» 
 

Binge Audio, modèle freemium d'ici deux ans. Nouvelles Écoutes, gratuit. BoxSons, payant. Pourquoi ce choix?

Joël Ronez:
«Nous ajouterons ce modèle freemium pour disposer d’un lien direct avec nos auditeurs, et notamment pouvoir s’obliger à produire des contenus haut de gamme qui correspondent à leur demande. Cela nous permettra aussi de disposer de données statistiques fiables et utiles au pilotage éditorial.»

Julien Neuville:
«C'est un débat perpétuel dans les médias. En ce qui nous concerne, c'est un choix personnel. On ne veut pas sélectionner notre audience en fonction de ses revenus et de son pouvoir d'achat. J'entends aussi les arguments selon lesquels il faut payer pour avoir de l'information. Je pense que c'est bien d'avoir un peu de tout. Si tout le monde avait des régimes payants, cela ferait des notes de fin de mois colossales pour ceux qui sont abonnés à plusieurs programmes.»

Candice Marchal:
«D'abord parce que l'information a un coût. Nous, on fait du reportage, c'est ce qui nous distingue, même si on a quelques sections qui sont davantage de l'ordre du podcast, comme ce que fait Pascale Clark le dimanche [Un Bien Beau Brouhaha]. Il était hors de question pour nous d'un point de vue déontologique de mettre de la publicité, ou d'avoir des actionnaires qui aujourd'hui ont des participations dans toutes les boîtes.»
 

Avez-vous constaté un changement sur le plan économique depuis votre lancement?

Joël Ronez:
«On a fondé Binge Audio sur la base d'une analyse du marché et d'une intuition qui s'est révélée payante. Pour l'instant, les hypothèses que l'on avait formulées se sont vérifiées. Ce que l'on a constaté cependant depuis janvier, c'est une accélération brutale de la demande de la part des marques, des médias et des annonceurs. Pour vous donner un ordre d'idées, sur le premier trimestre de 2018, on a fait le chiffre d'affaire de toute l'année 2017.»

Julien Neuville:
«Oui, bien sûr. De plus en plus d'annonceurs comprennent la valeur d'une audience moins large, dans le podcast, mais beaucoup plus engagée et beaucoup plus fidèle. Il y a beaucoup plus d'annonceurs qui sont intéressés par l'audio en général, qu'il s'agisse des podcasts ou du développement des smart speakers.»

Candice Marchal:
«Nous sommes les seuls à faire payer pour du son. Je n'ai pas vu d'autres acteurs sur le marché qui le font. Donc ce changement, je ne le constate pas du tout. En ce qui concerne l'économie liée à la publicité, il faut s'adresser à ceux qui en font parce que je ne saurais dire s'ils ont plus de partenaires commerciaux. Quant à nous, nous n'avons pas changé de stratégie économique depuis notre lancement.»
 

L'avenir économique du podcast est-il assuré?

Joël Ronez:
«On ne peut pas dire qu'il y ait un avenir économique certain pour le podcast. Un avenir est assuré aux entreprises qui savent tirer leur épingle du jeu dans un environnement. Tout dépend de votre stratégie et des talents que vous faites travailler. En revanche, ce qui est sûr, c'est que le secteur de l'audio numérique est en plein boum et va continuer à progresser de manière importante. Chez Binge Audio, nous sommes assez confiants sur la suite des événements. Maintenant, ce que l'on appelle “podcast” aujourd'hui deviendra de l'audio parlé non-linéaire qui prendra de multiples formes.»

Julien Neuville:
«On ne peut jamais dire que c'est assuré, on dépend beaucoup des aléas du marché. Dans les médias ou dans le domaine des services, il faut à chaque fois aller chercher un client. Cela demande beaucoup de ressources humaines et financières pour chaque contrat. Le podcast se propage petit à petit auprès des grands décisionnaires et des grandes boîtes, mais également auprès des plus petites start-up. Je pense d'ailleurs qu'il est encore plus intéressant de miser sur ces petites structures. Ce sont des noms un peu moins connus, mais elles font beaucoup de business en ligne. Il s'agit de grandir avec eux, plutôt que d'attendre que les grands groupes se tournent vers nous.»

Candice Marchal:
«Le podcast existe en France depuis très longtemps, sous diverses formes, qu'il s'agisse des fameux replays de Radio France, de radios privées, ou de podcasts amateurs. Il est vrai que depuis un an, il y a une offre de podcasts qui se professionnalise un peu. On en est aux prémisses je pense, mais j'ose imaginer qu'à l'instar des médias papier traditionnels qui se sont mis au net, l'évolution va se faire. C'est une alternative de plus pour les auditeurs. Il s'agit d'essayer de toucher le plus de monde possible, même si les gens ne savent pas encore très bien ni ce qu'est un podcast, ni où en trouver.»
 

En fonction de ces évolutions, envisagez-vous de changer votre stratégie économique?

Joël Ronez:
«J'ai une maxime qui dit : "Il faut avoir une stratégie très ferme et établie, mais en changer tout le temps”. C'est sûr que l'on adapte toujours sa stratégie aux événements du marché et à la façon dont les dynamiques créatives, techniques et économiques se déploient. On ne peut pas décider que le marché sera comme ceci ou comme cela, donc on changera ce qui doit être changé. Ce qu'on ne changera pas, c'est l'envie d'être un média, donc d'être un producteur, un éditeur et un diffuseur de contenus.»

Julien Neuville:
«Tout se passe comme c'était plus ou moins prévu, au moins en termes organisationnels. On met d'abord l'accent sur les équipes de production et de création. C'est la priorité pour nous. On arrive dans un second temps aujourd'hui où, avec notre chiffre d'affaire qui grandit, on a besoin de structurer nos efforts commerciaux. Mais pour l'instant, il s'agit pour nous de rester une boîte à taille humaine, très petite, agile et flexible. Il s'agit d'être à la fois performant et pertinent pour tenter d'être les meilleurs sur chaque domaine. On est quand même au début de quelque chose. Les marques ne savent pas encore ce qu'elles veulent, il n'y a pas de règles véritablement établies. Donc on essaie de faire du sur-mesure.»

Candice Marchal:
«Non, nous ne ferons pas de publicité et nous agirons sans partenaires industriels. C'est une question de déontologie qui est vraiment très importante pour nous. On a évidemment beaucoup de confrères ou consœurs qui travaillent dans des médias possédés par des grands groupes où il y a pléthore de publicité, et on ne doute pas un instant de leur indépendance. Simplement, il y a toujours un soupçon qui vient des auditeurs, des lecteurs, des téléspectateurs. Cette défiance qu'il y a à l'égard des journalistes aujourd'hui, nous voulons la réduire en montrant que nous sommes totalement indépendants.»


Avez-vous fait un crowdfunding? Selon vous, pourquoi est-ce important pour un studio de production de podcasts?

Joël Ronez:
«On a fait un crowdfunding il y a un an et demi. C'est intéressant dans un processus initial d'amorçage pour trois raisons. D'abord, c'est un moyen important pour structurer et rassembler une communauté autour d'un objectif et d'une offre. C'est aussi une façon de se forcer à structurer un discours, une manière de communiquer et puis une offre auprès d'un public. Enfin, c'est un moyen de récupérer de l'argent qui vous permet de financer vos développements, et c'est quand même le principal.»

Julien Neuville:
«On a lancé notre crowdfunding quand on devait avoir quatre ou cinq mois. C'était important au début pour ne pas faire immédiatement rentrer des actionnaires externes qui n'auraient pas la même vision que nous ou que celle de l'audience. Cela importait aussi pour nous parce que l'on est gratuit, on l'a toujours été et on le sera toujours : il faut avoir les fonds nécessaires afin de produire ce que l'on a envie de produire. Cela permettait également de montrer qui on était, quelle était l'image de la boîte, et cela a donné aux internautes et auditeurs la possibilité de faire partie de notre développement. C'était l'occasion de montrer notre projet et d'évaluer ce que l'audience pouvait en penser. Si on n'avait pas réussi, on aurait compris qu'il aurait peut-être fallu changer des choses. Pour nous, cela a été positif, donc comme une première validation et confirmation que l'on allait dans la bonne direction.»

Candice Marchal:
«Nous avons fait un crowdfunding il y a un peu plus d'un an, en novembre 2016. On a récupéré 50.000 euros. C'était important pour fidéliser les gens et évaluer l’appétence que l'audience pouvait avoir pour un média alternatif comme BoxSons.»

Propos recueillis par Elie Olivennes

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