Yanny, Laurel et les trompe-l'ouïe

Yanny ou Laurel?

Vous vous souvenez de la robe? Non? Mais si: cette robe, objet d'affrontements sur les réseaux sociaux de hordes d'internautes déchaîné.e.s. Les un.e.s prétendaient la voir blanche et dorée, les autres bleue et noire. Figurez-vous qu'un phénomène similaire fait rage depuis quelques jours, mais cette fois à propos d'un enregistrement audio. Lundi dernier, le débat est né sur Reddit. Le lendemain, les débats ont continué après le tweet d’une internaute. Écoutez l'enregistrement qui se trouve juste en dessous. Qu'est-ce que vous entendez?

Alors, faites-vous partie du camp «Yanny» ou du camp «Laurel»?
Comment est-ce possible qu’une moitié de personnes entende un mot, et l’autre moitié un autre? D’autant que les sonorités de ces deux noms n’ont à peu près rien à voir! Y a-t-il des explications à ce phénomène d’illusion auditive, de trompe-l’ouïe?
 

Non, vous n’êtes pas fous

 

Oui, il y a des explications, rassurez-vous. Selon cet article de Spin, la différence de perception auditive tient simplement aux variations de la gamme de fréquences que nous sommes capables d'entendre, notamment les fréquences hautes (c’est-à-dire les aigus). L’être humain est généralement en mesure de percevoir jusqu’à 20 kHz environ. L’article précise que cela correspond à peu près à deux octaves de plus que la note la plus aiguë d'un piano.

Mais il arrive que certaines personnes n’aient pas une perception auditive aussi étendue, c’est même plutôt fréquent d’ailleurs. Dans le cas de cet enregistrement, les sons qui composent «Yanny» sont proches de 20 kHz. Donc, les personnes qui entendent «Laurel» ont une ouïe moins sensible aux aigus que celles et ceux qui entendent «Yanny». La divergence viendrait donc de notre perception des sons et de l’acuité de notre oreille. The Upshot du New York Times a même fait un outil avec un curseur pour faire varier la hauteur de la voix de l’enregistrement. Vous allez être capables d’entendre «Yanny» ou «Laurel» à loisir!

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Mais cet article de The Atlantic propose une solution un peu différente. Chelsea Sanker, une phonéticienne de l'Université Brown, s’est penchée sur le spectrogramme obtenu à partir de l’enregistrement qui fait débat. Et la conclusion est assez claire, pour elle: ni «Yanny», ni «Laurel» n’est vraiment prononcé ici. Elle explique que le premier son entendu n'est assurément pas vélarisé (c’est-à-dire que la langue de l'orateur ne touche pas l'arrière de son palais mou). Donc ce n’est pas un L (comme dans «Laurel»). Mais la consonne du milieu n'est pas non plus un N, nous apprend-elle. On pourrait en entendre un parce que le son «i» qui suit a une sonorité très nasale. Il pourrait aussi y avoir une confusion à cause du dernier son entendu dans chacun des deux mots. Les deux sonorités («i» et «el» ) sont «sonnantes» ou «résonantes»: on peut continuer à les prononcer jusqu'à manquer d'air, contrairement aux sons occlusifs comme le «p» ou le «t». Donc cette explication-là considère plutôt que la source du débat vient de l’enregistrement lui-même, vu qu’il s’agit d’une voix artificielle.

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Mais des explications plus cognitives peuvent également être apportées. Ainsi, Le Monde cite le magazine anglo-saxon The Verge, qui est allé interroger Lars Riecke, professeur adjoint en audition et neurosciences cognitives à l’université de Maastricht. Ce dernier indique qu’il ne s’agit pas vraiment ici d’une illusion auditive, mais plutôt d’une figure ambiguë: «Une partie de la variation peut être due au système audio jouant le son [...] mais cela dépend aussi de la mécanique de vos oreilles, et ce que vous espérez entendre». Nina Kraus, du laboratoire Brain Volts de l’université Northwestern, explique au National Geographic que «la façon dont vous entendez le son est influencée par votre vécu et ce que vous savez sur ce son». Dans le même article, Douglas Beck, rédacteur en chef de la revue d’audiologie Hearing Review, poursuit ainsi: «Beaucoup pensent que l’ouïe se produit dans l’oreille, mais en réalité l’ouïe et l’audition s’accomplissent dans le cerveau».

Mais alors, le cas Yanny Laurel est-il unique pour autant faire parler de lui? Et bien non! Il y a quantité d’illusions auditives, de «trompe-l’ouïe». Simplement, nous nous y sommes habitué.e.s. La plus répandue est peut-être celle de la stéréophonie: quand on écoute de la musique ou un podcast sur deux enceintes, il arrive que l’on entende des sons provenant du milieu, d’entre les deux sources réellement existantes! Un autre exemple connu: le bruit que fait une ambulance ne change pas, il reste le même, et pourtant nous l’entendons se modifier lorsqu’elle s’éloigne. Cette perception auditive est due à la vitesse de propagation du son : c'est ce qu'on appelle l'effet Doppler.

Chez Louie en tout cas, pas d’entourloupe. Que du son authentique pour le plaisir de vos oreilles!

Elie Olivennes