6/6 Comment Alice Guy a été effacée de l'histoire du cinéma

ILLUSTRATION : LOUISE DE CROZALS

ILLUSTRATION : LOUISE DE CROZALS

Dans cet épisode 6 d’Une Autre Histoire nous sommes en 1920. Trompée, divorcée, ruinée, Alice quitte les Etats Unis et débarque à Paris ses deux enfants sous le bras. L’Europe entre dans les années folles. La fin de la guerre  insuffle à l’époque un goût pour le mouvement, la vitesse, le jazz. Tout s’accélère et change à une allure insensée.

Le cinéma est l’art le plus jeune et pourtant de loin le plus populaire. Mais le Paris des pionniers du cinéma n’est plus. Méliès a fait faillite. Il était selon les industriels de l’époque trop artiste, pas assez commerçant. Poursuivi par des créanciers, il entre dans une colère noire et brûle son stock de films. Déboires professionnels et amoureux, Max Linder ne s’amuse plus, il songe à la mort. L’histoire est tragique, il tuera sa femme avant de se suicider

Alice a été complètement oubliée. Elle frappe aux portes du cinéma français pour trouver un travail. Toutes se ferment. Et quand on lui offre la possibilité de diriger des studios, c’est à condition qu’elle  investisse des sommes importantes. Mais elle n’a plus rien. 

Feuillade, l’ami d’Alice, celui qui fut couronné de succès avec Fantômas, lui  aussi sombre. L’essayiste Francis Lacassin écrira à son sujet « il entrait sans le savoir dans le purgatoire promis à tous ceux qui ont pêché par excès de Gloire ».


La gloire a-t-elle un prix ?

Pour Alice, il faut croire qu’elle se paie au tarif le plus fort. 
Celui de l’oubli.


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Article tiré d’un texte rédigé par Yasmine Benkiran.


5/6 Comment Alice Guy a vu naître Hollywood

ILLUSTRATION : LOUISE DE CROZALS

ILLUSTRATION : LOUISE DE CROZALS

Au début de cet épisode 5 d’Une Autre Histoire Alice a 38 ans. Elle est enceinte de son deuxième enfant lorsqu’elle installe, à Fort-Lee, dans la banlieue de New York, ses nouveaux studios, pas loin de ceux de Carl Lammle, futur fondateur d’Universal et ceux d’Adolphe Zukor, futur patron de la Paramount. 

Les studios de la Solax sont impressionnants, près de 500 m2 construits, avec au rez-de chaussée, les bureaux d’Alice, ainsi que le département vente et publicité, à l’étage, une salle pour les scénaristes, des laboratoires, une salle de projection et au deuxième étage, les studios de tournage à proprement parler. 

L’année 1912, celle où Alice s’installe à Fort-Lee, va marquer un tournant dans l’histoire de l’industrie du cinéma américain, donc du film. Alice n’est pas la seule à avoir envie d’envoyer valser le trust d’Edison qui fait la loi dans le cinéma américain et impose une production incessante de films courts, les fameux « one reel », films  d’une bobine, pas plus de quinze minutes.

Petit à petit le long métrage, film d’une heure et d’avantage va s’imposer comme la norme. Alice va enfin pouvoir faire les films dont elle a envie. Des films longs, des films qui ont plus d’ampleur. Mais alors qu’un film d’une bobine demande deux ou trois jours de préparation, les premiers « trois bobines » mobilisent le personnel pendant tout un mois. Ces films sont amples certes, mais chers, et difficile à produire. 

Alice a des ambitions artistiques et elle veut garder l’indépendance de la Solax.  Mais peut-on vraiment être libre dans un monde qui porte en germe les futurs et hégémoniques studios d’Hollywood ? 

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Article tiré d’un texte rédigé par Yasmine Benkiran.

4/6 Comment le cinéma français s'est exporté en Amérique

ILLUSTRATION : LOUISE DE CROZALS

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L’épisode 4 d’Une Autre Histoire débute en 1907. Il est quatre heures du matin. Sur son paquebot, en pleine traversée de l’Atlantique, Alice Guy ne pourrait pas dire quel jour on est tant cette traversée lui semble interminable. Elle a le mal de mer, elle sort sur le pont du paquebot. Une nuit sans lune, une brume épaisse. Mais on distingue enfin des lumières au loin : des gratte-ciel et bientôt la statue de la liberté. 

Autour d’Alice, on crie, on applaudit, on se réjouit. Alice ne parle pas l’anglais. Elle n’a pas envie d’être là. Les studios Gaumont, les équipes de tournages, les comédiens lui manquent déjà. Pourtant les policiers d’Ellis Island ne se montrent pas désagréables avec Alice et Herbert, son tout nouveau mari, qui a près de dix ans de moins qu’elle. Ils semblent être des candidats idéaux à l’immigration. Le couple remplit le formulaire qu’on leur donne. Les questions leur semblent absurdes : oui, leur casier judiciaire est vierge, non, ils ne sont pas bigames.

Tout est nouveau pour Alice. A Broadway, des centaines de passants se bousculent. Elle croit à une révolution. C’est simplement l’heure de pointe. Après quelques jours à New York, il faut partir pour Cleveland, dans le Midwest, sur les rives du lac Erié. C’est là que les clients de Gaumont résident. Ils ont acquis le chronophone, cette machine qui tente de synchroniser le son et l’image. Herbert a été envoyé aux Etats Unis pour les aider à faire fonctionner l’appareil. 

Encore 650 km de voyage. En train cette fois-ci. Alice a l’impression que tous les villages qu’elle traverse se ressemblent : une grande épicerie, des bars, un hôtel avec une véranda où les hommes se balancent sur des rocking-chairs. Et ce paysage qui recommence sans cesse.

Alice a 34 ans. La vie dans le Midwest est douce... mais terriblement ennuyeuse pour celle qui a participé à la naissance du cinéma. Alice s’inscrit à l’Alliance française pour apprendre l’anglais, elle adopte la robe à l’américaine : courte et plus pratique. Bientôt, elle accouche de sa première fille, Simone. C’est un grand bonheur pour le couple Guy-Blaché mais Alice n’en peut plus de ne pas travailler. Elle trépigne. Le cinéma lui manque terriblement. Elle est faite pour ça.

Nous sommes aux Etats Unis au début du XXème siècle et le rêve américain existe bel et bien. Surtout lorsqu’on a s’appelle Alice Guy e3t qu’on a le talent, l’expérience, et l’audace des pionniers.

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Article tiré d’un texte rédigé par Yasmine Benkiran.

3/6 Comment le cinéma est devenu parlant

ILLUSTRATION : LOUISE DE CROZALS

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L’épisode 3 d’Une Autre Histoire vous raconte comment le son est arrivé au cinéma. En 1927 le comédien Al Jolson s’adresse à la caméra «  Attendez un peu, vous n’avez encore rien entendu ! ». C’est une des toutes premières répliques parlantes du cinéma. Le « chanteur de jazz » est considéré comme le premier film sonore de l‘histoire. 

Mais bien avant ça, le cinéma a toujours été accompagné de nombreux sons. Déjà, lorsqu’on glissait l’œil kinétoscope d’Edison, on pouvait mettre ce qui ressemblait à des  écouteurs et voir les images défiler en musique. Pendant les kermesses, des fanfares locales accompagnent la projection des films. Mais surtout, pour produire de l’électricité, les forains de toute l’Europe utilisent des locomobiles, des grosses machines qui faisaient un boucan énorme. C’est à peine si un musicien à côté de l’écran peut se faire entendre. Et puis, dans tous les pays, du monde, il y a des commentateurs de films, sortes de maîtres de cérémonie chargés d’animer la projection en racontant ce qui se passe à l’écran. 

Léon Gaumont est hanté par un désir : celui  de donner un son aux images en mouvement. En 1905 il a une  idée : séparer la prise de son de l’enregistrement d’images et les synchroniser ensuite. Pour cela, il invente une machine : le chronophone. 

Le principe est le suivant : on enregistre un son à l’avance, dans une salle où le silence règne, puis on filme des comédiens qui jouent en playback. Enfin, on synchronise le son et l’image grâce au chronophone pour obtenir ce qu’on appelle une phonoscène, un des premiers essais du cinéma parlant.

On dit souvent que les petites histoires font la grande. Pour Alice, c’est presque l’inverse. Sa vie sera toujours être portée par l’histoire du cinéma avec un grand H. Et tout particulièrement par ce chronophone auquel son destin est intimement lié. Mais, ça. Elle ne le sait pas encore.

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Article tiré d’un texte rédigé par Yasmine Benkiran.

1/6 Comment Alice Guy est devenue la première réalisatrice de l’histoire

Cet épisode 1 d’Une Autre Histoire commence à Paris en 1895.

ILLUSTRATION : LOUISE DE CROZALS

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C’est la fin du XIXème siècle, siècle de la révolution industrielle, de la course au progrès technique, de la naissance de la photographie, du train, du télégraphe et du téléphone. Edison vient d’inventer l’ampoule électrique et le phonographe, Eiffel de finir sa tour en fer, Pierre et Marie Curie de découvrir le Radium. Pourtant, dans cette effusion d’inventions, personne n’a encore réussi à enregistrer et projeter des images en mouvement. Ils sont nombreux pourtant nombreux s’y essayer. Edison, en tête avec son kinétographe, la toute première caméra de cinéma, qui permet d’enregistrer des films et le kinétoscope qui permet de les visionner dans une boîte, mais pas de les projeter sur écran.

Alice Guy a 22 ans, elle est secrétaire de Léon Gaumont au Comptoir général de la photographie. Quand deux de leurs fournisseurs, Auguste et Louis Lumière, invitent Léon et Alice à assister à une « surprise ». Les deux frères projettent des images animées de leur usine lyonnaise sur un drap blanc. Les images bougent, elles semblent réelles. L’assemblée reste scotchée : ces deux frères ont réussi là où tout le monde a échoué, ils ont inventé le cinématographe. 

Alice Guy a reçu une éducation bourgeoise. Elle est polie, bien élevée, elle ne fait pas de vagues. Mais sous le vernis de ses bonnes manières Alice est une aventurière. Elle a traversé l’Atlantique sur un paquebot à 4 ans, est passée des bras des nounous chiliennes au couvent, et aussi, elle est fille d’éditeur. En cette fin de XIXème siècle, les maudits Rimbaud et Verlaine viennent de s’éteindre, Buster Keaton de naître, Zola de terminer le dernier volet des Rougon-Macquart et Monet de peindre ses cathédrales. Alice a lu, rêvé, voyagé.  Elle a envie d’autre chose que de ces images qui se contentent d’imprimer le réel. 

Alice Guy veut utiliser le cinématographe pour inventer des images, créer, raconter des histoires. Son patron Léon Gaumont n’y voit pas d’inconvénients. Sa secrétaire pourra utiliser l’appareil et faire « ses trucs de fille », à condition que ça n’empiète pas sur son travail et que ce soit hors des horaires de bureau. 

Alors, en cet été 1896, dans l’Est de Paris, à Belleville, sur une petite terrasse cimentée, avec quelques amis, un pied photo brinquebalant et un décor découpé dans du carton, Alice Guy tourne La fée aux choux, considéré comme le premier film de fiction de l’Histoire.

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Article tiré d’un texte écrit par Yasmine Benkiran.

Pour en savoir toujours plus sur Alice Guy

Vous trouverez toutes les références citées dans le podcast ainsi que celles qui ont accompagnées l’écriture du podcast.

Sur Alice Guy :

Alice Guy Blaché. Lost visionary of the cinema d’Alison McMahan (ed. Continuum)
Alice Guy-Blaché. La première femme cinéaste du monde de Victor Bachy (ed. Institut Jean Vigo)
Autobiographie d’une pionnière du cinéma d’Alice Guy (ed. Denoël/Gonthier)
Dossier bibliographique Alice Guy à la Bibliothèque Nationale de France
Coffret DVD Les pionnières du cinéma :  Alice Guy Blaché

Sur l’histoire du cinéma

Une brève histoire du cinéma de Laurent Jullier et Martin Barnier (ed. Fayard/Pluriel)
Femme et cinéma, sois belle et tais-toi de Brigitte Rollet (ed. Belin)
L’Histoire du cinéma pour les nuls de Vincent Mirabel (ed. Pour les Nuls)
Cinématographe, invention du siècle d’Emmanuel Toulet (ed. Gallimard)

Autres références :
Gabriële de Claire et Anne Berest (ed. Stock)
La bande-dessinée Pablo (4T) de Clément Oubrerie (dessin) et Julie Birmant (scénario), (ed. Dargaud)


Merci également au personnel de la bibliothèque spécialisée François Truffaut et des archives de la Cinémathèque française pour leur accueil.